LES ENGAGES VOLONTAIRES JUIFS ETRANGERS AU MUSEE DE L'HISTOIRE DE L'IMMIGRATION

C'est notamment ce que rapporte  cet article de "ParisObs", le magazine de l'Ile de France de l'hebdomadaire "Le nouvel Observateur"

Ces objets ont une histoire

Une pochette de soie, une truelle, un drapeau... Au musée de l'Histoire de l'Immigration, une galerie présente plusieurs dizaines de ces trésors de la mémoire.

Le témoignage d'un destin singulier, 

don d'Arnold Bac.

Une simple truelle. Dans la nouvelle galerie des dons du musée de l'Histoire de l'Immigration, l'outil est exposé dans une vitrine comme une pièce ethnologique. « Cette truelle très usée fut celle de Luigi Cavanna, mon père », lit-on dans le texte manuscrit qui l'accompagne. « Ce n'est pas une relique. J'en ai hérité et, tout naturellement, je m'en suis servi à mon tour comme d'une chose allant de soi. [ ...] Si la virole est mangée de rouille, c'est dû à mon manque de soin. Papa ne l'eût pas toléré. »

François Cavanna, écrivain, dessinateur et journaliste, disparu en janvier dernier, fut le premier donateur de la galerie. Ouverte en 2008, deux ans après l'inauguration du musée, elle a été entièrement remaniée et présente aujourd'hui 40 dons accompagnés de photos, documents officiels, correspondances privées, objets précieux ou petits riens qui expliquent le parcours de leur propriétaire. En offrant cette truelle au musée et en l'accompagnant d'une lettre, Cavanna rend à son père un hommage simple, comme fut Luigi, et poignant, comme pouvaient l'être ses romans. L'objet témoigne aussi de l'histoire de milliers d'Italiens qui vinrent tenter leur chance en France. Le don de Tran Dung-Nghi est une petite pochette de soie bien ordinaire. Mais, avant de l'offrir au musée, elle l'avait toujours gardée sur elle. La pochette contient le chapelet bouddhiste de sa grand-mère. En 1975, les troupes d'Hô Chi Minh envahissent Saigon où vit Tran, alors petite fille, avec sa famille. « Mes parents sont arrivés en courant. Ils avaient pu trouver un bateau pour quitter le pays. [...] Je ne sais plus si ma grand-mère a pleuré, ou moi. On n'a pas eu le temps de se dire au revoir », raconte-t-elle. Quelques mois plus tard, en France, elle recevra la petite pochette de soie.

La truelle de Luigi Cavanna, père de François.
François Cavanna, disparu en janvier dernier, fut le premier donateur de la galerie des dons.

Chaque don nous aspire vers un destin singulier, celui d'un enfant, d'une femme ou d'un homme qui ont fui la guerre, les persécutions ou la pauvreté, et qui se sont recréé une vie en France. Le déracinement, la nostalgie du pays d'origine, parfois le traumatisme du départ, l'espoir d'une vie meilleure, les désillusions, mais aussi le quotidien et les événements familiaux (naissance, mariage...) racontent mieux qu'un livre d'histoire la réalité des vies d'immigrés.

La vitrine consacrée au don d'Arnold Bac est particulièrement émouvante. C'est un drapeau bleu, blanc, rouge de l'Union des Engagés volontaires et Anciens Combattants juifs de la Seconde Guerre mondiale. Ovche (Serge) Bac, son père, arrive en France en 1928 pour fuir les pogroms d'Europe de l'Est puis épouse Zysla (Gisèle) Finkelsztejn, une juive polonaise, avec qui il aura un fils, Abel, en 1937. En 1939, Serge s'engage dans un régiment rattaché à la Légion étrangère. Il sera prisonnier de guerre jusqu'en 1945. Dans la vitrine, à côté du drapeau, on peut lire sur une carte postale « Une bonne année, ton petit Abel. » Mais son épouse et son fils ont été déportés à Auschwitz. Il ne les reverra jamais. Arnold Bac est né deux ans plus tard du second mariage de son père.

Avec une scénographie sobre et des repères historiques très clairs, cette galerie des dons est une réussite, tant ces objets restituent avec force la réalité des vies heurtées des immigrés.

Musée de l'Histoire de l'Immigration. Palais de la Porte Dorée 293, avenue Daumesnil (Paris 12e) ; Galerie des dons : 01-53-59-58-60.

CLAIRE FLEURY
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