Des Intellectuels Juifs au Combat anti-Nazi

Les écrivains "progressistes" en langue Yiddish en 1939


De gauche à droite,  debout:  T. Elski,  M. Dushalawski,  Yankl Szpan,  Ch. Zendorf,   Binem Kac     

                                       assis:  Yosl Zucker,  Aaron Bekerman,  Benjamin. Shlevin,  Moyshé Shulshtein.

Yankl Szpan
Né en 1910 à Varsovie, SZYFMAN de son vrai nom . Etudes au Heder. Emigré en 1924 avec ses parents en Palestine. Banni en janvier 1931 par les Britanniques pour activités révolutionnaires, il revient en Pologne. Il y exerce à Varsovie divers métiers. Il Collabore aussi à la « Tribune Littéraire ». Souvent en prison pour ses activités politiques. Part à Paris en Août 1936. Collabore à la « Naïe Presse» et au « Parizer Journal ». En 1939 il édite son livre « Oyf schwern grunt », la même année s’engage volontairement dans l’armée Française. Fait ses classes à Barcarès mais il est démobilisé pour une grave maladie des yeux. Sous l’occupation allemande il vit a Paris avec sa femme Chawa dont il a un fils Albert en 1941. Plus tard réfugié dans la sous-disant zone libre il est arrêté avec sa femme et son fils dans l’Indre. Ils s’échappent du camp de Douadic . Après un long périple Ils trouvent refuge en Savoie. Lorsque les allemands reprennent contrôle de la Savoie, Yankl entre en résistance.
Arrêté en Novembre 1943 à Chambéry lors d’une mission, il est déporté à Auschwitz-Birkenau, et gazé.
                                                                                                        D’après la biographie par Moshé Schulstein 
                                                                                                                                       Izkor buch » U.J.R.E. 1946
Moshe Shulshtein

Moshe Shulshtein (1911-1981) est un poète yiddish survivant de la Shoah. Après la guerre il s’intale à Paris ou il continue à publier en Yiddish. Un de ses poèmes a été choisi pour figurer sur le mur du Mémorial de l’Holocauste à Washington DC ( U.S.A.)

Moshe Shulshtein fut un des poètes les plus marquants du centre littéraire Yiddish de France. Ce centre a commencé à se constituer à la suite des mouvements migratoires qui, à partir de 1881, ont déraciné une importante proportion de la population juive d’Europe de l’est, surtout de la « zone de résidence » ensanglantée par les pogroms. Si cette première vague ne laisse à Paris qu’un nombre infime d’immigrants juifs, la grande masse se dirigeant vers les Etats Unis, il n’en est pas de même entre les deux guerres. A cette époque, chassé par l’antissémitisme polonais et attiré par les besoins de la France en main-d’œuvre, les juifs de l’Europe de l’Est forme une communauté relativement importante (90 000 membres environ). Une dernière vague d’immigration-des rescapés des ghettos, des camps, ainsi que des familles qui s’étaient réfugiées en U.R.S.S. pendant la guerre, en route vers les Amériques ou Israël-passe par Paris où certains de ces immigrants choisissent de se fixer.

Ainsi Paris apparaît comme une plaque tournante de la migration juive depuis la fin du XIX° siècle.  Son attrait, particulièrement grand sur les artistes et les écrivains, anime la communauté juive et en fait un centre culturelle yiddish (C. Asch. Z. Schneour).Dès la période de l’entre -deux-guerre, la vie sociale et culturelle de la communauté s’était organisée : landsmanshaftn(associations d’originaires), presse (entre 1929 et 1939, 127 journaux et périodiques, parfois éphémères, furent publiés), théâtre, partis politiques. Ces activités furent reprise après la guerre, malgré les persécutions du régime de Vichy et l’extermination.

La littérature yiddish présente en France, comme partout ailleurs, un grade diversité de genre. Dans la mesure où la presse reste un moyen d’expression privilégié, elle produit une abondance d’essais : politique(L.Lerman).socioculturels(L. Doomankievitch), de critique littéraire(M. Litvine, L. Berger), de critique d’art( B. Frenkel, d’érudition(J. Ber […] s’ instale à Paris où il continue à publier en Yiddish. Un de ses poèmes a été choisi pour figurer sur le mur du Mémorial de l’Holocauste à Washington DC ( USA)

Encyclopédia Universalis

 


Benjamin Schlevin

Benjamin Schlevin est né à Brest-Litowsk en 1913, admis à l’Ecole Normale Supérieur de Wilno ( Pologne), il ne peut cependant supporter l’ambiance antisémite qui empoisonnait la Pologne de cette époque. Il s’enfuit et vient s’installer en France, au pays des Droits de l’Homme, de la Liberté, de la Dignité. Et c’est comme ouvrier imprimeur qu’il gagne sa vie. Cet universitaire, cet écrivain yiddish, déjà riche d’une œuvre abondante, travail comme ouvrier. Il a vécu la vie même de ses personnages, si quelqu’un peut, se présenter comme leur porte-parole, c’est bien lui, leur existence est la sienne, leurs aspirations intellectuelles plus ou moins confuse, il les incarne clairement, consciemment.

En 1939, Schlevin s’engagea dans l’armée française et fit campagne dans l’infanterie, au 23ème Régiment de Marche des Volontaires Etrangers, après quoi, ce fut la captivité, jusqu’en mai 1945, dans un camp de Bavière.

D’après la préface de Roger Ikor,

Prix Goncourt 1955 de l’ouvrage de Benjamin Schlevin

« Les Juifs de Belleville ».

Paru aux éditions : Nouvelles Editions Latines

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 Texte de Israël Cendorf Musique de Mendel Zemelman

                                       Traduit du Yiddish par Charles Dobzinski

 Hymne de Pithiviers 

Tous uni avec courage,                                       Elle est vieille cette histoire

Nous défions notre destin                                   Qui divise Juifs et Chrétiens

Nous savons qu'après l'orage                            Quand viendra l'heure de la Victoire

Le soleil luira sur nos chemins                           Tous les hommes se prendrons par la main.

Vois le monde qui bourgeonne                           Vers le ciel, nos voix altières

Quand revient ce mois de mai                            Lance très haut notre chanson

En chœur, tous les hommes entonnent             Notre espoir va conquérir la terre

Le chant qui parle de liberté                                Vois, le soleil monte à l'horizon

A la maison, solitaire,                                          Tous unis, avec courage

nous attendent femmes et enfants,                   Nous défions notre destin

Loin de nous, parfois ils désespèrent               Nous savons qu'après l'orage

Mais bientôt reviendra le printemps.                 Le soleil luira sur notre chemin.

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Historique du Chant de Pithiviers

             "Notre courage n'est point brisé"


                         Paroles : Israël Cendorf Musique : Mendel Zemelman


L e 14 mai 1941, 3700 hommes, presque tous juifs polonais, étaient arrêtés et internés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-laRolande où ils sont restés jusqu'au 17 juillet 1942. On les a alors tous déportés à Auschwitz car il fallait, après la rafle du Vel d'hiv, faire de la place pour les femmes et les enfants. Dans les camps, ils exécutaient de durs travaux et les chansons leur donnaient du courage. Le compositeur de la musique du Chant de Pithiviers : « Notre courage n'est point brisé » s'appelait Mendel Zemelman .De lui, nous savons très peu de choses. Tout comme le poète, Israël Cendorf, auteur des paroles, (dont la fille est présente à cette commémoration), il faisait partie de la résistance au camp de Pithiviers. Cendorf était membre de la Commission Culturelle dans le camp. Cette commission avait pour but de maintenir l'espoir insensé de s'en sortir ou encore de préparer les internés, dans un esprit de solidarité, à affronter l'inconnu qui les attendait. Des "soirées" ou "matinées" étaient rganisées sur des sujets littéraires, des conférences sur des thèmes scientifiques et techniques. Mendel Zemelman y dirigeait un groupe choral.
Un jury décernait des prix ; il en décerna un au poète Israël Cendorf qui allait de baraque en baraque lire ses poèmes afin de redonner courage aux internés.
En mai 1942, ils espéraient encore et c'est en Mai, qu'Israël Cendorf et Mendel Zemelman (qui seront déportés le 25 juin 1942) ont écrit ce chant «Notre courage n'est point brisé»
devint l'hymne du camp et fut chanté jusqu'à l'ombre de la mort à Auschwitz et Birkenau. Cet hymne a longtemps été chanté sur les lieux mêmes du camp de Pithiviers, lors de la commémoration annuelle, par Monsieur Kawka, rescapé d'Auschwitz, qui l'avait déjà chanté, avant d'être déporté à Auschwitz, dans ce camp de Pithiviers.

Monique Novodorsqui-Deniau
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Israël Cendorf

Israël Cendorf naquit en Pologne à Lodz le 19 mai 1902, dans une famille juive pratiquante dans laquelle on le destinait à devenir rabbin. Mais Israël se rebella et devint apprenti imprimeur à 16 ans. Il lisait tout le temps, développant une sympathie toujours plus profonde pour le mouvement de lutte ouvrière, il commença bientôt à écrire ses propres chants révolutionnaires. Son premier recueil de poème « Le Carnet Rouge » fut accueilli avec enthousiasme.

1933-1939 : En 1933, l’année où Hitler devint Chancelier, Israël se rendit à Paris. Dans les années qui suivirent, le chômage augmenta et la menace de déportation se fit plus pressante pour les immigrants juifs. Pour aider sa famille, il avait trouvé un travail de vendeur de bois. Il continua à écrire. Il rejoignit le Syndicat des Ecrivains et rédigea des article pour le journal Yiddisch La Nouvelle Presse ( Naie Presse).

1940-1944 : Les Allemands occupèrent Paris en juuin 1940. Israël travailla pendant 11 mois au sein de la cellule antifascite jusqu’à son arrestation et son internement à Pithiviers, un camp qui regroupait 2 000 juifs. Là-bas, il aida à organiser la clandestinité, animait des veillées culturelles et continuait à écrire. Il passait de baraquement en baraquement pour lire ses poèmes aux autres prisonniers. L’un deux « Notre courage est intact », était déclamé comme hymne du camp : « Notre courage n’a pas de chaine / Lavie est merveilleusement belle… » En mai 1942, il fut déporté à Auschwitz.

Israël mourut à Auschwitz. De nombreux prisonniers de Pithiviers chantèrent sa chanson  « Notre Courage est intact » alors qu’ils se dirigeaient vers les chambres à gaz.

Copyright: United States Holocaust Museum, Washington, CD. U.S.A

Traduction, Copyright: Mémorial de la Shoah, Paris, France