Nous publions ici le témoignage de guerre de

 Charles Ser    

qui a été relaté dans la partie yiddish de notre livre-anniversaire

" Le Combattant Volontaire Juif 1939-1945 "


Engagé volontaire dès le début des hostilités, j'ai été envoyé, comme beaucoup d'autres, à Barcarès, ce Barcares des vents, de sable et de puces, que le fascisant. "Gringoire ", nous enviait tellement. Je fus incorporé dans la 10è Compagnie du 22è R.M.V.E., où j'ai retrouvé les camarades Salamon, Waicman, Ruben Kon et autres. On nous dirigea au baraquement N° 23 où se trouvaient déjà entre autres connaissances parisiennes, le Dr Lewinas et Mendelscn. Dans notre baraque, il y avait un Espagnol nommé Antonio, j'ai oublié son nom de famille. Il ne comprenait guère le français. Le soir, quand nous occupions notre temps à la chasse aux puces, il fredonnait des chansons si tristes que nos cœurs se serraient. Quelques jours après notre passage au 2è Bureau un ordre fut donné à Antonio de ramasser ses effets et de se préparer à être conduit dans un camp d'internement des républicains espagnols. Une collecte fut organisée en sa faveur et nous avons fortement ressenti le fait de considérer ce combattant antifranquiste comme indésirable dans le combat contre l’Allemagne hitlérienne. J'ai été d'abord muté dans le 21è. R.M.V.E. et au mois de mars 1940 on m'embrigada, contrer mon gré, dans le 1er Bataillon Étranger d'Infanterie, stationnant dans le camp- Maréchal-Joffre. On nous équipa " richement ", on nous fit faire des exercices intensifs notre bataillon ayant été destiné pour être envoyé en Finlande. Mais il était déjà trop tard,
Le 7 avril 1940, on nous dirigea vers Marseille. Suivirent des ordres et contre-ordres (nous devions aller, entre autres, à Narwik), et enfin nous nous sommes embarqués, le 9 avril, en compagnie des artilleurs français et des troupes coloniales, sur le bateau " Patria " ( iI sombra quelques années plus tard avec une cargaison de réfugiés juifs se dirigeant vers la Palestine) en direction de Beyrouth, où nous arrivâmes après neuf jours de voyage. Au Liban et en Syrie, la France concentrait a cette époque, sous le commandement du général Wyandotte, une armée destinée à intervenir, le moment venu, contre l'Union Soviétique et à occuper les territoires pétrolifères du Caucase. Nous primes nos quartiers dans la ville historique de Baalbek. Nos chefs se succédaient presque sans trêve. Avant la capitulation de la France, le général Weygand a été appelé pour remplacer le généralissime Gamelin. Il a été :remplacé par le général Dentz qui, par la suite, a déclaré Paris ville ouverte. Après lui arriva le général
Mittlehauser. On a même envoyé chez nous le tristement connu préfet de police Chiappe, qui participa au putsch fasciste de 1934. Mais il périt en cours de route, l'avion l'emportant vers
Beyrouth étant tombé dans la mer. Après la débâcle de la France, un grand désarroi régnait dans notre commandement. On nous rassembla et nos chefs nous déclarèrent que nous pouvions nous diriger où nous voulions. Pendant quelques jours, le désordre fut complet. Nombreux furent ceux qui prirent le chemin de la Palestine, qui se trouvait sous mandat britannique. Enfin, le général Mittelhauserse décida de se soumettre au régime de Vichy. C'est nous qui devions payer les frais de la pagaille. Ceux qui avaient quitté les cantonnements furent emprisonnés. On nous désarma et nous fûmes envoyés en Syrie. La vie y était très dure. Pendant trois mois nous étions soumis à un régime spécial, réveil à 2h30 du matin, marches forcées de 60 kilomètres avec exercices tout en portant notre équipement. Ensuite, nous fûmes incorporés dans des compagnies de travail, les Espagnols dans des compagnies punitives.
Au mois de juin 1941 commencèrent les attaques des Anglais aidés des contingents de la France libre contre les troupes de Vichy. On nous a demandé de reprendre les armes, mais nous avons refusé .Le 28 août 1941, le reste de notre bataillon a été embarqué sur le Marrakech le 6 septembre nous arrivâmes à Marseille. A Aubagne (Bouches-du-Rhône),
On nous incorpora dans les compagnies de travail. Je faisais partie du de groupement de travail des Bouches-du-Rhône contre le chômage. Il y avait parmi nous des anciens de la Légion Étrangères, tous les jours nos rangs augmentaient de réfugiés de diverses nationalités.
Nous devions construire pour l'organisation allemande Todt une autostrade reliant Marseille à
Toulon pour faciliter le transport des livraisons allemandes pour l’armée italienne. Ceux qui refusaient de travailler étaient privés des tickets de ravitaillement. Après de longs efforts et à
l'aide d'un officier patriote du centre de Démobilisation de Marseille, un certain nombre d'entre nous, dont moi-même, réussit à se faire démobiliser. J'ai appris par la suite que nombre de nos camarades qui ne réussirent pas à se faire démobiliser, ont été déportés
en Allemagne, de même qu'un certain nombre d'Espagnols envoyés dans des camps d’internement. Pour moi commença une nouvelle phase de la lutte antihitlérienne. A Lyon. je contactais les organisations juives de la Résistance. Envoyé à Roanne (Loire), j'y pris la direction des groupes de combats juifs. A partir du 1er août 1943, nous combattions au sein du maquis F.T.P.F. du secteur Paul Vaillant-Couturier. De mon initiative fut constituée avec l aide des camarades André Colombé (Dédé) ,Français, et Antonio Caligaris (Tony) , Italien la 6è Compagnie F.T.P.M.O.I .du 302è Bataillon Roanne Loire. Elle était! composée de 30 jeunes Juifs et d'un certain nombre de combattants de toutes origines. Cette compagnie prit le nom de Charles Wolmark. assassiné parles nazis en 1944. Nous prîmes part aux combats contre les troupes allemandes battant en retraite en direction de l'Allemagne. Nous avons pourchassé les Allemands jusqu'à 50 km de Roanne. Fin novembre, nous fumes envoyés la frontière italienne, où on nous incorpora dans le 99è Régiment d' Infanterie Alpine. Nous avons occupé des positions avancées dans la montagne. L'hiver y était rude, mais le moral excellent. Enfin; le 26 avril 1945, nous reçûmes l'ordre de pénétrer en Italie; nous nous sommes .arrêtés à Turin. Grande fut ma joie quand, en tant qu'adjudant-chef de l'armée française, je fus convoqué, le 8 mai 1945, vers 15 heures, à l’état major du Régiment, où je reçus la mission de former une patrouille pour faire sonner les cloches dans toutes les églises de Turin annonçant la défaite définitive du Reich hitlérien et la victoire des Alliés. Les cloches sonnaient la victoire, notre auto avançait lentement,arrêtée continuellement par la foule rassemblée dans les rues. J 'étais fier de participer activement à cet événement historique. Je ne l'oublierai jamais.