La cérémonie du 5 juin 2011
au cimetière parisien de Bagneux





Discours d'Arnold Bac



secrétaire général adjoint


Messieurs les généraux,

Mon colonel,

Excellence,

Monsieur le sous-préfet,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le président du CRIF

Mesdames et messieurs les présidents des associations,

Mesdames et messieurs,,

Chers amis,


Cinq ans de guerre, cinq ans d'occupation et enfin, en 1945, la victoire des Alliés. Victoire aussi de la résistance où beaucoup de juives et de juifs se sont illustrés.

Les premiers noyaux de ce qui allait devenir notre association s'étaient formés dans les camps mêmes de prisonniers de guerre, où les prisonniers juifs s'organisaient pour défendre leurs droits et leur vie.

Toutefois, c'est à la fin de l'année 1944, alors que les canons tonnaient encore et que le sang continuait de couler, que des combattants juifs d'origine étrangère revenus des maquis se réunirent à Paris pour fonder l'Union des Engages Volontaires et Anciens Combattants Juifs.

Une autre association s'était créée également à Lyon. Au début de 1945, les deux associations fusionnèrent, formant ainsi une seule organisation unitaire forte de 7 500 membres, partie prenante des diverses associations d'anciens combattant où, mêlés à leurs frères d'armes et de souffrance, les anciens combattants et engagés volontaires juifs luttèrent pour sauvegarder les intérêts communs de tous les anciens combattants.

Pour les anciens combattants juifs, il s'agissait aussi à cette époque de préparer le retour des captifs et des combattants, de les aider à retrouver ou à reconstruire leur foyer. Par la suite, il fallut se pencher sur le sort des veuves, des orphelins, du sort des anciens combattants revenus d'Allemagne malades et sans ressources et les entourer de solidarité. Il fallut également agir avec l'ensemble des combattants de France et les diverses organisations d'anciens combattants d'origine étrangère contre la recrudescence de la propagande antisémite et xénophobe.

L'association s'est également impliquée activement et, depuis, de façon continue, dans le soutien au peuple israélien à travers de nombreuses réalisations : écoles, maisons de santé, maisons de retraite, musées, lieux de mémoire et encore, tout récemment, aides apportées au Maguen David Adom dans le champ médical et au KKL dans le domaine de l'environnement.

Nous formulons des vœux pour que l'Etat d'Israël puisse vivre dans la paix et la sécurité aux côtés d'un état palestinien souverain aux frontières viables.

L'Union, dès les premiers jours de sa création, assuma la mission de perpétuer le souvenir des héros juifs tombés au champ d'honneur en

élevant ici ce monument, digne de leur sacrifice. Et lorsque la possibilité s'est offerte aux familles de ramener les corps des combattants dispersés sur les divers champs de bataille, l'Union créa les conditions nécessaires pour les aider à réaliser leurs vœux, en fondant au pied du monument la sépulture où reposent côte à côte, comme un symbole de tous leurs frères tombés pour la même cause, soixante six combattants volontaires juifs de l'armée française.

C'est devant ce monument que, chaque année depuis plus de 60 ans, nous affirmons la ferme volonté de nous opposer au retour des horreurs du nazisme, du fascisme, de l'antisémitisme, du racisme et de la xénophobie, restant ainsi fidèles au testament de nos héros et martyrs.

Mais un peuple qui n'a pas de mémoire est un peuple qui n'a pas d'avenir. Et c'est donc une ardente obligation pour nous que de transmettre la mémoire de ces héros.

Alors, je commencerai par des nombres: cent soixante mille, vingt-cinq mille, quatre-vingt trois mille...

Trois nombres qui, mis en rapport entre eux, traduisent une réalité saisissante.

Cent-soixante mille, c'est le nombre total de juifs étrangers en 1939, hommes, femmes, enfants et personnes âgées.

Vingt-cinq mille, c'est le nombre de juifs étrangers qui, dès la déclaration de guerre, s'engagent dans l'armée française.

Quatre-vingt trois mille, c'est le nombre d'étrangers qui se portent volontaires en 1939.

Autrement dit, la quasi-totalité des juifs étrangers en âge de combattre se précipite dans les bureaux de recrutement, bureaux tellement submergés par les demandes que les associations juives doivent ouvrir leurs propres bureaux afin d'aider les autorités militaires à faire face à ce flot aussi soudain qu'inattendu.

Flot humain qui représente près du tiers des engagés volontaires étrangers.

Après être passés par le Barcarès, la Valbonne, Septfonds, ils furent intégrés soit dans les 11ème et 12ème Régiments Étrangers d'Infanterie et la 13ème Demi-brigade, soit dans les 21ème, 22ème, 23ème Régiment de Marche de Volontaires Etrangers (RMVE).

Comme les autres étrangers de ces unités, leurs camarades, principalement des républicains espagnols, mais aussi des antifascistes italiens et des antinazis allemands, ils furent mal préparés, mal équipés et malgré tout envoyés au front.

J'ai dit «mal équipés ». En voulez-vous une illustration parmi d'autres ? Je vous la donnerai au travers de leur surnom inventé par les nazis de "régiments ficelles" parce que les fusils de ces unités, datant de la guerre de 14 et n'ayant plus de sangles en cuir, celles-ci était remplacées par de la corde !

La première grande bataille à laquelle ont participé ces étrangers fut celle de Narvik en Norvège. Ce sont les engagés volontaires de la 13ème demi-brigade de la Légion Étrangère qui assurèrent ainsi la seule victoire française de la campagne de 1940.

Par ailleurs, pour tenter d'enrayer la ruée des troupes nazies en mai 1940, l'État Major envoya les régiments de volontaires étrangers sur les différents fronts de la percée allemande: les Ardennes, la Somme, la Marne, le Nord, le Pas de Calais, puis l'Aisne.

Ce n'était certainement pas de gaieté de cœur car le commandement de l'armée manifestait un comportement profondément ambigu envers ces régiments.. Ainsi, une note confidentielle mettait en garde contre l'incorporation dans l'armée régulière d'éléments indésirables, au loyalisme sujet à caution.

Ces unités, dont les 11ème et 12ème régiments étrangers d'infanterie, opposèrent une farouche résistance à un ennemi dix fois supérieur en nombre et en armes modernes, mais au prix de 70 % de pertes, dont 60 % de volontaires juifs.

Le 21èmeème R.M.V.E., essentiellement composé d'espagnols et de juifs, subit de fortes pertes.

Le 22ème R.M.V.E., malgré de nombreuses pertes, repoussa plusieurs attaques et, au prix de combats acharnés, retarda de 14 jours l'avancée allemande sur Paris. Fait exceptionnel qui lui vaudra la citation à l'ordre de l'armée et la croix de guerre avec palme.

Les volontaires du 23ème R.M.V.E. se battirent comme des lions et lorsque l'ordre du cessez-le-feu fut donné, le bilan de leurs pertes s'élevait à la moitié de leur effectif.

Treize citations seront décernées à des unités engagées dans la bataille de France de 1940 qui fit cent mille morts dans les rangs de l'armée française... et cinquante mille chez les allemands. Sur ces treize citations, le tiers le sera à des unités de volontaires étrangers.

Sur un million cinq cent mille fantassins, ce sont vingt mille étrangers qui reçurent le tiers des citations obtenues.

Puis ce fut la défaite et les longs cortèges de prisonniers de guerre partant pour les camps en Allemagne.

Certains s'en évadèrent, s'engagèrent dans la Résistance. Durant ce temps là, en France, où les femmes des engagés volontaires juifs assuraient la survie et la protection de leur famille, et, pour certaines, s'investissaient, elles également, dans la Résistance, ce fut l'occupation avec les lois antijuives de l’État français allant souvent plus loin que ce que demandaient les allemands, puis les rafles et les déportations.

Ce fut le sort aussi d'engagés volontaires juifs malades ou blessés que les allemands renvoyaient en France et que le régime Pétain ne cherchait en aucune manière à protéger, bien au contraire.

Et, trop souvent, lorsque les engagés volontaires revinrent chez eux à la fin de la guerre, ils ne trouvèrent que des foyers vides car l'engagement dans l'armée française ne procurait aucune protection contre la Shoah à leurs familles, à leurs épouses, à leurs enfants.

Mais qui étaient ces engagés ?

Chassés par les pogroms, la lutte pour la vie, ils avaient quitté la terre où ils étaient nés, là où on ne voulait plus d'eux, si ce n'est pour les maltraiter, voire les massacrer. Ils ont quitté ceux et celles qu'ils ne reverraient jamais pour la France, terre d'accueil, terre d'égalité, terre où les juifs étaient devenus citoyens grâce à la Révolution, terre de la République sociale, démocratique, solidaire, laïque. C'est à cette France là qu'il étaient attachés et certainement pas à celle de l'extrême droite française, antirépublicaine, xénophobe et antisémite qui diffusait son poison dans la population, dans les élites et chez les hommes politiques. Cette extrême-droite qui fut la référence avouée ou inavouée de ceux qui combattirent le Front Populaire et de ceux qui apportèrent leur soutien au franquisme contre la république espagnole.

Lors qu’éclata la seconde guerre mondiale, les juifs étrangers n'étaient pas des hommes formés pour la guerre. Mais l'histoire en a fait des combattants dont nous ne cesserons d'honorer l'abnégation et le courage.

A ce propos, le général Albert Brothier, qui fut jeune sous-lieutenant au 22ème Régiment de Marche de Volontaires Étrangers au Barcarès, a écrit :

« Les soldats juifs ont des qualités qui ne s'accordent pas avec les normes traditionnelles de l'armée française. En observant le comportement de nos volontaires juifs, plus tard je compris mieux pourquoi dans l'armée israélienne la familiarité et le débraillé vont si bien avec le courage et une efficacité redoutable ».

Ces hommes, pour la plupart ouvriers ou artisans, n'hésitèrent pas à quitter leurs familles, leurs épouse, leurs enfants, afin de s'engager. S'engager, c'est-à-dire renoncer à ce qu'était jusque là leur vie, renoncer à leurs joies, renoncer à leur bonheur... S'engager, c'est-à-dire risquer de mourir pour défendre le pays qu'ils considéraient comme leur patrie d'adoption, celle des Droits de L’Homme et du Citoyen.

L'histoire de ces hommes est finalement éminemment contemporaine: elle montre que, même dans les situations les plus difficiles et les plus dangereuses, on peut se lever et dire non construire ainsi un monde démocratique, juste et pacifique. Et que les juifs en France se sont levés pour dire péril de leur vie.

Vous l'aurez compris... Au-delà de ce monument, l'Union des Engagés Volontaires et Anciens Combattants Juifs 1939-1945, leurs Enfants et Amis, continuent plus que jamais leurs efforts pour faire connaître cette histoire et ses leçons... Et ce, au moyen du bulletin« Notre Volonté », au moyen de ses activités culturelles, au moyen de son site Internet en français et en anglais visité depuis 2007 par plus de .cent cinquante mille internautes du monde entier, soit trois mille par mois, au moyen de débats et conférences, au moyen du film « Les régiments ficelles» déjà diffusé sur des chaînes de télévision, au moyen de ses expositions, au moyen de partenariats avec le service audiovisuel du ministère de la défense, avec le Mémorial de la Shoah, avec la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration ou encore avec la Ligue de l'enseignement pour créer avec cette dernière un ouvrage de fiction et des outils de sensibilisation et d'information à destination des adolescents des collèges et lycées.

Vous le voyez, pour nous, l'avenir a encore cours...

Je vous remercie

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Discours de Julien Kien    

Arrière-petit-fils d'Engagé Volontaire    


« Regardez, les enfants, et souvenez-vous, mes chéris, de ce que vous apprenez là. »

Il n'est pas commode de reprendre ces paroles de Mark Warshawsky, issues de la célèbre chanson Oyfn Pripetshik, traduisible en français par: « sur l'âtre rougeoit les braises ». Non, il n'est pas simple de reprendre les paroles d'un ancien quand on est encore qu'un jeune homme, devant une foule de personnes qui m'ont tant appris.

L'exercice est donc périlleux. Qui plus est, je ne suis pas fervent d'endroits comme celui-ci, comme pour beaucoup, il symbolise la perte de proches, de moments douloureux. Or, aujourd'hui nous devons dégager un aspect positif de ce cimetière. C'est donc encore une fois pour moi un exercice périlleux.

Si nous sommes ici rassemblés, c'est pour honorer et saluer la mémoire de ceux qui dans un temps passé se sont battus pour un idéal, celui du pays des droits de l'Homme. Je n'ai pas connus cet entrain comme beaucoup d'entre vous. Pour moi, il se résume à quelques lignes dans un manuel de l'enseignement secondaire, ou pour certains comme objet d'étude dans un laboratoire universitaire. Mais aussi, par des témoignages familiaux, tous les plus argumentés les uns que les autres, mais que je n'ai pas vécu. Il n'est pas facile, de faire revivre cet idéal.

Quoi de plus immatériel et abstrait.

Je ne suis pas venu m'exprimer non plus devant vous, afin de vous présenter le parcours, les faits d'arme de mon arrière grand-père Lipman Sztajnberg. Non pas que je n'en avais pas l'envie, mais parce que en ma qualité d'apprenti historien, je ne peux présenter l'histoire, fusse telle d'un membre de ma famille, sans avoir, au par avant, fait une recherche précise et documentée. Je ne peux m'exprimer que sur le lègue de cette personne, qui a finalement traversée le siècle et mes proches.

Cette histoire m'a été principalement été léguée par mon grand père, Henri Stainber, à travers des photos de Stalag, de souvenirs évoqués et de discussions passionnées. Transmise par son fils, la mémoire de mon arrière grand-père ne pouvait être que glorifiée. J'aurai fait la même chose pour le mien, de père. La particularité de mon intervention sera comme dans le Pripetchik de vous raconter une histoire. Celle d'échanges entre un petit-fils et son grand-père.

Tout commence par l'image. Celle d'un homme souriant au milieu de ses camarades de Stalag. Échanges de regards pour un grand-père fier de son père, de sa ténacité, de son courage. Pour un adolescent cette image ne représente pas grand-chose. Elle dégage plus l'idée d'une rencontre importante entre camarades. Pourtant, combien de fois m' a-t-il raconté l'espoir de revoir ce père, emprisonné loin en Allemagne. Le soulagement que fut d'apprendre, qu'il eu réussit à échapper aux camps de la mort par ce qu'il s'était engagé volontairement au sein de l'armée de la République française. Malgré ces explications, je n'en dégageais pas encore le sens.

Les années ont passé et mon parcours comme étudiant ou comme personne engagée dans la société civile, m'ont permit de poser des mots plus précis sur cet homme. Non par sur le personnage en lui-même, mais sur les raisons qui l'ont amené à se retrouver enfermé dans un camp de prisonniers français. Quelles sont les raisons qui poussent un homme à s'engager dans cette entreprise folle qu'est la guerre? Comme tant d'autres, ma famille a fuit dans les années 1920, sa Pologne natale. Ils ont quitté le shteitl pour trouver une terre d'accueil où la misère, l'oppression et la barbarie seraient bannies. Ils sont venus en France, en la patrie des droits de l'homme. Et c'est pour cela que mon arrière-grand père s'est engagé. La France l'a accueilli, il s'en est proclamé comme humble de défenseur de la République, il s'est engagé comme citoyen français. Il a échappé à la Barbarie nazie. Par « chance », il fut prisonnier et son statut lui permit d'être vu comme citoyen et non comme Juif. Beaucoup n'ont pas connu le même sort. Cet engagement a forgé un caractère familial. L'engagement dans la société civile en est le pilier. L'héritage communiste, républicain et démocrate de mes ancêtres m'a offert une opinion, un libre-arbitre, tout simplement le fait de me sentir comme un être libre.

Les faits d'actualités récents m'ont permit de comprendre vraiment l'engagement de mon aïeul. Les discussions engagées avec mon grand-père n'ont fait que renforcer mes positions. Beaucoup du « régiment ficelle» se sont engagés pour défendre un idéal de vivre-ensemble, pour combattre l'indifférence, l'individualisme, le repli sur soit, la haine et l'intolérance. Ce positionnement politique est pour moi fondamental. Il m'a donné la conviction que la chose commune est le socle du vivre-ensemble. Ceux qui tenteront de le fissurer, ne renforceront que l'obscurantisme. L'immigration est une chance. Les familles qui sont aujourd'hui rassemblées ont contribué à renforcer notre idéal démocrate et républicain. Elles n'ont pas qu'enfanté des « ingéniers », mais des salariés de toutes catégories sociales qui ont redressé ce pays après la guerre, pendant les crises. Nous devons retenir ce message, celui de mon arrière-grand père, celui de mon grand-père de mes parents. La tolérance, le vivre-ensemble, la paix et la liberté sont notre héritage. L'histoire nous permet d'en attester. Je reprendrai ainsi les mots d'Antoine Prost qui a encadré et conduit mes réflexions d'apprenti historien: « Interroger le passé est une manière sure de renouveler les questions posées au présent. d'ailleurs réside la différence entre la petite histoire et la grande: quand l 'histoire anecdotique nous fait oublier le présent, l 'histoire digne de ce nom nous éclaire. En nous parlant d'un autre temps et d'un autre univers, elle nous dit quelque chose de nous ».

Ce constat me permet d'alerter humblement l'opinion publique et me donne l'occasion de transmettre une peur qui est pour moi obsessionnelle. Notre identité c'est notre pluralité. Je crains que beaucoup aujourd'hui sont en train d'oublier nos bases républicaines héritières de la Révolution de 1789. J'ai peur que les stigmatisations qui ont pu être commises par nos gouvernants n’entraîneront qu'un désastre, une fracture entre les diverses composantes de notre sociétés. En étant bref et franc, j'ai peur que la stigmatisation de certaines communautés ethniques ne rouvrira une boite de pandore, qui doit être absolument scellés. Nous sommes en sorte tous des gardes des sceaux de cet idéal. Et que nous devrons transmettre jeunes adultes comme grands-parents et arrière-grands-parents: Les simples mots de Warshawsky résume cette pensée:

« Lorsque, les enfants, vous deviendrez grands, Alors vous comprendrez, Combien ces lettres, contiennent de larmes, Et combien de souffrance». à nous de ne pas les réécrire.


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Allocution de clôture par


Nadia Grobman

secrétaire générale adjointe


Depuis le temps de la relève que nous menons d'année en année, nous perpétuons la mémoire de nos pères, ceux qu'avec tendresse nous appelons nos Anciens. Nous louons avec ferveur la valeur de leur engagement. Nous rappelons les combats qu'ils ont menés. Nous pleurons encore les milliers d'entre eux, qui ont lutté, jusqu'au sacrifice de leur vie, pour que nous, leurs enfants, puissions vivre libres.
Nos jeunes générations peuvent être fières de leurs aînés, distingués pour leur mérite au combat, leur héroïsme, leur conduite exemplaire.
Cette histoire, leur histoire, nous voulons la faire connaître, la diffuser, et la transmettre.
En héritage, ils nous ont insufflé le goût de ce vent de liberté qui les avait portés et guidés déjà du temps de leur jeunesse.
Leur jeunesse au pays natal qu'ils ont dû quitter, l'émigration et l'intégration, la construction d'un foyer sur le sol de France leur nouvelle patrie, toutes ces tranches de vies, ils les ont partagées avec leur compagne, leur épouse, aussi politisées qu'eux-mêmes, aussi avides d'un idéal de liberté, qu'eux-mêmes.
Dans l'incapacité cependant, de pouvoir concevoir l'idéologie monstrueuse de la« solution finale» mais suffisamment édifiés par les événements tragiques perpétrés dès 1933, accablés
par l'insupportable nouvelle de l'invasion de la Pologne, nos parents savaient déjà qu'il fallait se préparer au plus terrible des affrontements pour venir à bout de la folie hitlérienne.
Ils n'entrevoient alors qu'une seule perspective et décident ensemble de l'action à mener:
- pour lui, la lutte armée, l'engagement dans les rangs de l'armée française.
- quant à elle, son combat, la sauvegarde du foyer, la sauvegarde des enfants.
Souvenons-nous, ce rôle, cette mission, elles l'ont farouchement tenu.
Rendons hommage à nos mères! L'instinct constamment en éveil, avec quel courage, toutes forces décuplées, seules désormais, elles mettent tout en œuvre pour tenter d'échapper à la machine de mort qui se déploie contre elle et contre leurs enfants.
Rendons hommage aux compagnes de nos anciens combattants!
Octobre 1942 - Après le Vel d'Hiv, après l'arrestation de familles entières de prisonniers de guerre juifs, au vu de leurs droits bafoués par l'administration de Vichy, «der comitet foun almounes, froyen, oun mouters foun yidishè krigsgefangener », le comité des veuves, épouses et mères des prisonniers de guerre juifs », réuni dans la clandestinité, donne l'alerte en faisant circuler des tract~ d'information rédigés en yiddish.
Rendons hommage à toutes les mères! A celles, qui ont pu passer entre les mailles du filet nazi et à toutes celles, qui n'ont pas eu cette chance, et qui ont subi les rafles, l'internement, les séparations d'avec leurs enfants, la déportation et la mort.
Hommage à nos mères
Notre cérémonie prend fin.
Nous remercions chaleureusement
Son Excellence, Monsieur l'ambassadeur d'Israël,
Messieurs les représentants des pouvoirs civils, militaires et religieux
Monsieur le président du CRIF,
Messieurs les représentants des associations,
Messieurs les musiciens, clairon et tambour de la musique principale des troupes de marine, Mesdames et messieurs les musiciens et les choristes de la chorale Mit a Tam et du Centre Communautaire de Nogent.
Monsieur le conservateur du cimetière parisien de Bagneux.

Mmes et Mrs les agents techniques des services attachés au cimetière.
Mmes et Mrs les agents des services techniques de la mairie de Montrouge,
Monsieur le commissaire de police de Bagneux Mrs ses agents
­Nous remercions tous les participants qui nous ont fait l'honneur d'assister à cette commémoration.
Nous invitons les personnalités à venir saluer les porte-drapeaux.
Au nom de l'Union, je vous remercie.