Les anciens de la « Judenbaracke » 

 du Stalag III B se sont retrouvés. 

Lorsque l' idée nous vint de provoquer cette rencontre pour commémorer le 15° anniversaire de notre libération, les chances de succès nous semblaient encore très mince.

Les Allemands avaient voulu, du stalag III B comme ailleurs, former une baraque de ségrégation. Le résultat en fut la constitution de la baraque la plus mêlée du camp.

C'était la « Judenbaracke »

Mais faire cohabiter les juifs de l'est avec les Orientaux, des Alsaciens et des Nord Africains, les assimilés et les inassimilables sous le seul prétexte que c'étaient des juifs s'est révélé à l'expérience comme étant la plus parfaite illustration de la stupidité raciste des nazis.

Et pourtant, bien que peu faits pour vivre ensemble, il a fallu vivre et faire en sorte que les mesures discriminatoires dont nous fûmes sans cesse menacés ne transforme notre baraque en ghetto d'abord, pour aboutir en fin de compte à nous faire partager le sort de nos frères dans les camps de concentration.

Si les choses ont tourné différemment, il est cependant indéniable que c'était l'intention à longue échéance, des allemands et que nous avons su tenir en échec.

C'est là toute l'histoire de la Judenbaracke du stalag III B. Une lutte de tous les jours, pour manger, pour ne pas s'épuiser dans les commandos bagnes, pour ne pas permettre que l'on porte atteinte à notre qualité de prisonniers de guerre français, à notre dignité d'hommes . C'est au travers de toutes ces épreuves que s'est forgée l'unité de la baraque et que les antipathies personnelles, les incompatibilités d'humeur, de condition sociale et de formation se sont effacées devant l'amitié. Nous l'avons compris en ce dimanche 15 mai 1960 lorsque nous nous sommes retrouvés.

Certains sont venus de très loin, d'Alger, d'Alsace, de la frontière luxembourgeoise du nord. D'autres ont abandonné d'importantes réunions de famille, remis des voyages...Tout cela pour revoir des copains avec lesquels ils ne se sont pas toujours entendu, souvent disputés...c'est notre ancien homme de confiance, Isi Kleitman ( Blum ) qui se chargea de condenser, dans une brève improvisation, les sentiments de tous : la joie de se retrouver ainsi que la fidélité du souvenir. Maurice Grinberg ajouta quelques mots dans lesquels il exprimais l’espoir que cette rencontre ne soit pas sans lendemains...Puis vint un moment assez émouvant, au cours duquel nous avons eu la révélation d'un talent caché. Celui de notre camarade Korenberg, qui, pour la circonstance, avait composé deux poèmes en Yiddish. Dans le premier il nous rappel la vie de la baraque et quelques unes de ses vedettes. Le second plus triste, dépeint ce que fut pour certains des nôtres le retour dans le foyer dévasté par les bourreaux nazis. Atali détendit l'atmosphère avec une fable en sabir, Trager, avec des chansons reprise en chœur par les anciens de Barcares et du camp de La Valbonne... Mais, toutes les propositions d'au revoir ayant été accueillies avec faveur, il nous est permis d'espérer que les prochaines rencontres de ce genre se reproduirons avec un succès et un intérêt sans cesse renouvelé.

Signé M.G.

Extrait d'un article paru dans Notre Volonté N° 78 de juin 1960