Nous voulons combattre

             dans l’Armée Française

1939. Après la pénétration de l’armée hitlérienne en Tchécoslovaquie, beaucoup de juifs d’origine étrangère firent une demande d’engagement en cas de guerre éventuelle C’est ainsi qu’au mois de juillet 1939, je fus convoqué pour le 1er septembre au camp d' Auvour ( Sarthe ) pour une durée de 3 mois dans l'armée française au titre d'étranger. Dans ce camp nous trouvâmes d' autres hommes de diverses nationalités; deux jours après le «  septembre, la guerre éclatait...A la fin de septembre pendant le rapport, l'adjudant appela les soldats les soldats au noms spécifiquement juif ou se terminant par « ski » qui devaient rester sur place. Quand aux autres il devaient rentrer dans leur cantonnement. Nous restâmes environs 120 hommes. Nous vîmes bientôt arriver le Lieutenant-colonel commandant du camp. En détaille il nous parla de la défaite de l' armée polonaise et dit que l'autorité militaire avait trouvé juste de nous honorer comme noyau de la future armée polonaise en France et que le soir même nous allions être dirigés dans un autre camp. Le soir réunis dans nos chambres, nous décidâmes, à la quasi-unanimité ( il y avait parmi nous des non-juifs ) de refuser d'aller dans un autre camp. Nous avions fait un engagement dans l'armée française et nous estimions n'avoir pas à être versés dans une autre armée, même du pays d'origine. En signe de protestation nous refusâmes le repas de midi et nous envoyâmes une délégation chez le commandant de la place. Au bureau, un capitaine, après nous avoir entendus, nous expliqua gentiment qu'a l'armée, il n'existait pas d'explications « collectives » et que c'était individuellement qu'on devait demander le rapport du colonel. A son retour, notre délégation soumit à nos camarades le conseil du capitaine... En quelques instants tous sans exception portèrent leur rapport au bureau du colonel...Et, une estafette venait nous aviser que l'un des capitaines nous demanda que dans chaque chambre soit désigné un homme pour expliquer notre mécontentement... Nous expliquâmes que juifs d'origine polonais nous avions subi des persécutions économiques, morales et physiques et que la France avait bien voulu nous accueillir, qu'en reconnaissance de l'hospitalité française, nous voulions servir sous le drapeau français... Au son du clairon, on nous fit nous rassembler sur la place. Le commandant, entouré de tous ces officiers de son état-major, prit la parole et dit : « L'autorité militaire croyait bien faire, mais après avoir entendu vos griefs comprend vos doléances »Il ajouta toutefois qu'un ordre ne se discutait pas, et que nous devions partir...Vers 11 heures du soir nous primes le train pour une destination inconnue. Nourriture et boissons en abondance, et dans les gares, la Croix- Rouge française qui nous distribuait des boissons chaudes...le lendemain nous arrivâmes à Renne ; et de là, nous prîmes le train de Coëtquidan (Morbihan). Ces casernes de Coëtquidan n'étaient pas comparables à celle du camp d'Anvours. Quelques bottes de paille en guise de lit... Vers 10 heures, nous vîmes approcher tout un état-major avec colonel en tête... Le colonel s'adressa à nous : « Soyez les bienvenus dans l'armée française. Du fait que vous portez l'uniforme français, vous êtes considérés comme Français; Si quelques-un d'entre vous ne s'expriment pas correctement en français, qu'ils disent être Alsaciens. » Et il ajouta : « J'ai reçu un message du colonel du camp d' Anvours qui me dit que vous êtes de très bons éléments disciplinés et travailleurs ; Ici vous êtes affectés au 23ème Régiment de Train »... Quelques jours plus tard pendant le rapport de la compagnie, nous apprîmes qu'un représentant de l'armée polonaise désirait nous parler. Effectivement, un après-midi, accompagné de plusieurs officiers polonais et de quelques officiers français, un commandant polonais nous fiit un discours en langue polonaise, malgré la présence du commandant de la place et bien que quelques-uns parmi nous,ne comprissent pas cette langue. Il nous invita à changer d' avis, disant que nous devrions rester à Coëtquidan, qu'ici se formait le noyau de l'armée polonaise. Notre réponse unanime fut d'opter pour la France... Au bout de quelques jours, le commandant polonais revint pour nous demander si nous avions changé changé d'avis. Nous lui fîmes comprendre que nous n'étions pas contre la Pologne, mais que notre décision était irrévocable, nous voulions servir sous le drapeau français.

Extrait d'un témoignage de

de Henri Kobrinek, parus dans le

« Combattant volontaire juif 1939-1945 »

édité à l' occasion du 25ème anniversaire de l' U.E.V.A.C.J