Les armées étrangères en France 1939-1940

par François Szulman

L'armée polonaise

Après l’invasion de leur pays par l’Allemagne et par l’URSS, des militaires Polonais qui s’enfuient par la Roumanie se réfugient en France ou ils vont encadrer une masse nombreuse de travailleurs immigrés engagés volontaires dans l’armée française (dont 20% de juifs Polonais). Le Général SIKORSKI, chef du Gouvernement Polonais en exil, signe avec Daladier le 4 janvier 1940, un accord tendant à la reconstitution d’une armée polonaise, avec son propre commandement sur le territoire Français. Selon l’article 2 de l’accord et jusqu’à la cessation des hostilités, « l’Armée Polonaise sera placée en tant qu’armée d’Etat alliée sous les ordres du Général Commandant en Chef de l’armée française. L’accord prévoyait la constitution d’états-majors, de centres de perfectionnement, d’écoles et de grandes unités. Au premier jour d’octobre 1939, les autorités françaises mettent à la disposition des Polonais le camp de Coëtquidan en Bretagne ou furent formées les premières unités.
En février 1940, une brigade de chasseurs de Podhale fut créée elle intégra le corps expéditionnaire allié et participa à la Bataille de Narvik (Norvège). Elle revint en France le 15 juin 1940.
Deux divisions furent engagées dans la bataille de France (10 mai-22 juin 1940).
- la 1è division de grenadiers Polonais ( 16 000 hommes) combattirent sur le canal de la Marne au Rhin. Après la défaite, un certain nombre de soldats réussirent à rejoindre l’Angleterre.
- la 2è division de chasseurs polonais ( 16 000 polonais) stationné à Parthenay chargée de la défense de Belfort, après de durs combats parvint à rejoindre la Suisse ou elle fut internée.
- la 10 è brigade de cavalerie blindée mit les Allemands en déroute à Montbard au nord-ouest de Dijon la première semaine de juin, mais le 18, entièrement encerclée, le général commandant la brigade ordonna la destruction du matériel et la dispersion des hommes. Deux autres divisions étaient en formation et n’ont pas participées à la bataille
3 è et 4è Divisions d’infanterie polonaise:
Bilan de la bataille
- 37 000 soldats polonais rescapés de la bataille de Pologne rejoignirent les 55 000 polonais immigrés dont 20% de juifs qui formèrent les unités polonaises en France.
- 16 000 furent fait prisonniers
- 13 000 furent internés en Suisse
- 30 000 évacués vers l’Angleterre
- 1 400 tués
- 40 00 blessés, le reste fut démobilisé en France.
Un accord anglo-polonais mettait à la disposition de la Grande-Bretagne la marine de guerre polonaise soit trois destroyers et deux sous marins tandis qu’une troisième série d’accords auxquels étaient partie les trois pays partageaient l’armée de l’air polonaise. Pour les chasseurs, la France, 2 300 aviateurs polonais furent affectés outre manche pour constituer deux « SQUADRONS » opérationnels de bombardement et une unité d’instruction avec deux autres « SQUADRONS ».
En France, devaient être formés sur le modèle français 4 groupes de chasse monoplaces, 2 de bombardement léger ou d’assaut , 2 d’observations, les détachements techniques correspondants , plus deux écoles et un centre d’instruction à Lyon. Les premières patrouilles rejoignirent les groupes de chasse aux armées. En mars 1940, d’autres suivirent en mai, tandis que furent formées des patrouilles de défense à l’intérieur et que furent constituées comme unités spécifiquement polonaises le groupe de chasse I/145 et à Lyon deux groupes, l’un de chasse, l’autre de bombardement.
Au total 192 pilotes servirent dans les unités de chasse et 120 autres furent affectés ou étaient sur le point de l’être dans les équipages de bombardement ou de reconnaissance, la plupart gagnèrent l’Angleterre de même qu’une grande partie des 8 351 hommes des forces aériennes polonaises présents en mai juin 1940 sur le territoire français.

Les Juifs dans la 1ère Division Polonaise      

En première ligne se trouvait la première Division de l’Armée Polonaise, qui avait été formée à Coëtquidan ( Morbihan ). Il y avait dans cette division, disséminée dans différentes compagnies, une centaine d’immigrés juifs de Pologne, certains habitaient la France depuis plusieurs années. Les soldats juifs subissaient au camp des humiliations et d’autres excès à caractère antisémite de la part des officiers polonais fraîchement arrivés de Pologne après l’occupation de ce pays par les Allemands. La situation était devenue si insupportable que nous avons adressé une pétition au ministère français de la Défense nationale, en demandant de nous affecter dans l’Armée française, « ne voulant plus souffrir les humiliations antisémites dont étaient victimes les soldats juifs » A la suite de notre pétition, le général Sikorski en personne est venu à Coëtquidan et y a prononcé un discours enflammé au sujet de la guerre, la patrie, l’hitlérisme, la destruction de la Pologne en précisant que « le devoir de tous les citoyens sans exception était de combattre l’ennemie du peuple polonais et de l’humanité ». En terminant, il a annoncé que serrait sévèrement punis tous ceux  qui se permettraient d’insulter leurs collègue et essayeraient une discrimination quelconque entre les soldats polonais » Notre instruction à Coëtquidan était brève, les soldats juifs se sont avéré de bons combattants au front et les mêmes officiers qui raillaient et injuriaient les juifs étaient obligés de les citer comme exemple à suivre. Notre Division subissait des attaques répétées des Allemands, mais nos forces étaient trop limitées, l’armement trop insuffisant pour que nous puissions opposer une résistance prolongée à la poussée es blindés allemands. Le nombre de tués, blessés et prisonniers étaient très grand. Notre retraite a augmenté le nombre de victimes dans nos rangs. Le 20 juin, nous nous sommes trouvés à Saint- Dié (Vosges) en compagnie de dizaines de milliers de soldats français, fait prisonniers comme nous. C’était Toute une armée en captivité.

Traduction du récit de I.Perstunski, 

paru en Yiddish dans notre livre 

" Le Combattant Volontaire Juif 1939-1945 "