Discours d' un officier français au 21 ème R.M.V.E.

Volontaires étrangers, vous partez au front, comme sont déjà partis des milliers de vos compatriotes. La France vous est reconnaissante de votre geste sublime. Elle n'oubliera jamais votre sacrifice volontaire. Tout les français partent obligatoirement au front, mais vous le faites librement, volontairement. Vous partez dans les régiments d'étrangers, mais la France vous considère d'ores et déjà comme ses fils.

Le 1er septembre 1939, l'armée allemande attaque la Pologne à l'improviste…

extrait de l'éditoriale de la "Naîe Presse" signé Adam Rayski.

"L'hitlérisme a commencé son existence et a cherché sa justification dans les persécutions et l'assassinat, des Juifs entre autre. Il cherche actuellement son salut dans un assassinat de masse et dans le suicide. Nous, Juifs, qui avons un compte à régler avec le fascisme, nous partons à la guerre en accompagnant le peuple français (…). La guerre se terminera par une défaite écrasante de l'ennemie le plus barbare que l'humanité ait connu et nous pourrons alors respirer pour la première fois, ensemble avec le monde entier. Maudit soit pour toujours ce nom: Adolf Hitler! Maudite soit pour toujours cette idée: le national-socialisme ! Maudit soit pour toujours ce régime, le fascisme ! Personne n'a voulu cette guerre, sauf Hitler et sa clique. Dans la mer de sang qu'il versera,il se noiera, sous les ruines des destructions, il trouvera la mort."
Et début septembre, le même journal lance un appel à la population juive immigrée pour qu'elle aille s'inscrire comme volontaire dans les bureaux de recrutement.
Dans les faits, les engagements des immigrés, communistes ou non, sont massifs, puisqu'ils sont plus de 70.000 à se porter volontaires dans les deux premiers mois de la guerre, comme a pu l'établir Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Engagés volontaires et prestataires, 1939, 1940 ).. Les obstacles sont pourtant loin d'être négligeables. Le gouvernement est tiraillé entre la peur de la cinquième colonne et des communistes, d'une part, et le désire de disposer d'un maximum de combattants, de l'autre. Les militaires n'ont guère d'état d'âme, résolument opposés qu'ils sont à voir sous les armes qui des communistes, qui des Allemands ou des Autrichiens, qui des Juifs. L'opinion publique tire plutôt argument de sa xénophobie pour exiger que les étrangers paient aussi de leur personne.
Volontaires ou non, ceux-ci voient s'offrir à eux plusieurs possibilités d'engagement : les armées régulières (y compris des armées étrangères ), les régiments de marche des volontaires étrangers (RMVE) créés à cet effet par le gouvernement, des compagnies de prestataires, enfin la Légion.
A la suite d'un accord conclu le 9 septembre 1939 entre les gouvernements polonais et français, est créé une armée polonaise de France qui comptera en juin 1940 plus de 80.000 hommes, et dont une brigade de près de 5.000 hommes combattra en Norvège. Dans cette armée s'engage, sous le contrôle conjoint des autorités françaises et du gouvernement polonais en exil, beaucoup de Juifs polonais, parmi lesquels Gronowski lui même, réformé pour un pneumothorax, Rayski qui, après avoir traversé la débâcle, parviendra à fausser compagnie aux Allemands, ou encore Joseph Epstein.

Extraits de l'ouvrage de Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski.
LE SANG DE L' ÉTRANGER,
les immigrés de la MOI dans la Résistance. pages 65,66, 67. Édition Fayard.

Comité du 11 Novembre

Les Anciens combattants ne pouvaient militer isolément dans la Résistance.

Le 11 novembre était leur "journée". Déjà en 1941 pour l'imposante manifestation, rue de la Roquette, devant le monument aux morts des Juifs Orientaux, ils avaient édicté un tract: " A tout les Combattants juifs des Guerres 1914-1918 et 1939-1940, dans lequel on lit notamment :
"Tous les Combattants Juifs, tous les volontaires, les femmes des prisonniers, les enfants et les familles de ceux qui sont morts pour la France, s'uniront le 11 Novembre pour exprimer leur volonté de revoir une France ou tous les citoyens vivrons dans l'égalité !
Honorer la mémoire des Combattants Juifs tombés et des victimes juives de la terreur nazie ... Manifestez sous le drapeau tricolore...
En 1943 le "Comité" des Anciens Combattants juifs pour la célébration du 11 Novembre, édita un tract émouvant: "11 Novembre 1943. Honneur aux combattants juifs morts pour la France", qui honore la mémoire de ceux qui sont tombés dans les bataille de Champagne, de la Marne, à Verdun, ainsi qu'en 1939-1940, "à ceux qui nombreux gémisse derrière les barbelés des stalags"
On peut lire entre autres: Aujourd'hui,... nous referons le serment de rester unis, de ne pas ménager nos efforts, notre sang, notre vie, pour chasser l'occupant ... Rejoignons les forces de la résistance, les glorieux partisans et francs-tireurs, créons nos propres groupes de défense et de combat ... pour hâter l'heure de la libération de la France.


David Diamant "les juifs dans la Résistance française 1940-1944"
Le Pavillon Roger Maria éditeur
 


La persécution des volontaires étrangers

Les étrangers qui ont pris du service en temps de guerre dans les armées allemandes ont été honorés en Allemagne et l'objet de la reconnaissance publique, comme c'est le fait chez toutes les nations.
Ceux qui prirent du service dans les armées françaises, Vichy les envoya au bagne.
Aucun régime, aucun gouvernement n'a poussé si loin l'ignominie, aucun n'a rompu si vilainement avec les plus pures de nos traditions d'honnêteté et de «courtoisie», qui toujours s'exprimaient par quelque témoignage d'une touchante gratitude envers les hommes qui, sans y être forcés, mais poussé par une obligation de conscience, venaient offrir leur vie à la France en danger...En remettant dans la cour d' Honneur des Invalides leurs drapeaux aux anciens combattants volontaires étrangers de 1914-1918, le ministre de la guerre André Maginot s'écriait :
«Plus de 45.000 étrangers qui ne sont plus pour nous des étrangers, que nous considérons comme des frères sont venus servirent dans nos rangs. Jamais dans aucune guerre, dans aucun pays, un pareil chiffre n'avait été atteint»
«Ils se battaient d'arbre en arbre»

Il fut dépassé au cour de la guerre 1939-45.Dans la métropole, ils formèrent les 21è, 22é, 23é Régiment de Marche de Volontaires Étrangers, 1éme, 2éme, 3éme, Bataillons de Pionniers de Volontaires Étrangers, les 11éme, 12éme, 13éme, Régiment Étrangers d'Infanterie de la Légion Étrangère avec leurs dépôts...D'autres furent envoyés dans les unités coloniales de la Légions Étrangère à Sidi-bel-Abbes les répartit à son tour dans ses 3éme et 4éme, Régiments d'Infanterie. A Narwick, ils furent cette 13ème Demi-Brigade qui perdit 80% de ses effectifs. En Belgique, ils écrivirent une page de sang. Soissons et Château-Thierry en virent trois mille qui étaient isolés se battre jusqu'à la mort pour retarder l'avance des tanks allemands. Un de ces régiments revint avec quatre-vingts légionnaires...
Alors que le déshonorant article XIX, accepté par Pétain «dans l'honneur et la dignité» exigeait la livraison des ressortissants politique allemands, l'ennemie n'avait rien exigé concernant les volontaires étrangers et c'est le général Weygant qui fait demander par la délégation française à Rethondes, l'insertion dans la Convention d'armistice d'un article 16 bis ainsi conçu:
La situation des militaires étrangers ayant servi dans l'armée française ou à ses côté et celle des ressortissants des pays étrangers ayant cherché un asile en France fera
l'objet d'un accord ultérieur, fondé sur les principes d'honneur et d'humanité.
Il ne restait plus qu'à démobiliser. Ils le furent, mais au lieu de les renvoyer dans leur foyers, comme on fit en France des malheureux reste de l'armée française dont ils avaient si largement partagé les épreuves l'ordre vint de Vichy de les désarmer et de les maintenir, non pas sous les drapeaux mais sous l'uniforme. On les dessaisit de leur pièces d'identité et l'ont porta sur leur livret militaire «Démobilisé et affecté au groupement des travailleurs étrangers, en exécution des prescription de la note N°...du 22-9-1940 du général de division...» «Certificat de bonne conduite accordé le 22-9-1940. Rayé des contrôles du N°...R.E.I le 22-9-1940 et incorporé le dit jour dans les unités de travailleurs».
Travailleurs étrangers
Tout l'odieux arbitraire de Vichy apparaît dans ces formules «Démobilisé», «rayés des contrôles et incorporés», mais non libérés. Ce n'étaient plus des militaires, c'étaient des «civils» encadrés militairement ; ce n'étaient plus des engages volontaires, c'étaient des travailleurs étrangers. Dix mois d'abnégation et de sacrifices, leur valurent d'être condamnés a quatre ans de travaux forcés. Pour Vichy, ils avaient perdu leur titre de combattant français, ils n'avaient plus que la qualification d'ennemie de
l'Allemagne ;leur livret militaire ne portait-il pas qu'ils s'étaient engagés à titre étranger pour la durée de la guerre «contre l'Allemagne»; et cela, aux yeux de Pétain, dénotait un mauvais esprit, antieuropéen, alors que s'amorçait une politique qui tendait vers la collaboration et favorisait la xénophobie...A ceux qui protestaient contre l'indigne traitement réservé aux volontaires qui avaient servi la France, il fut répondu «qu'ils avaient servit l'ancienne France». A d'autre qui demandaient de rejoindre leur famille, on objectait «vous vous êtes enrôles pour la France de Blum, d'Herriot,de Daladier, votre présence est indésirable en France...Cette position présentait quelques avantages; il devenait possible de livrer aux occupants les ressortissants allemands d'abord, et, ensuite les autres, qualifiés de travailleurs volontaires qui, «rendu à la vie civile» ne pouvaient plus invoquer la protection de la convention de Genève et de la Croix Rouge...
Circulaire N°13, en date du 28 novembre 1941, du ministre de l'Intérieur, Pierre Pucheu, qui modifie les instruction données depuis le 31-12-1940. Cette circulaire prévoyait bien que les étrangers ayant servi la France seraient libérés à la condition de présenter un contrat de travail, qu'il leur était bien difficile de ce procurer dans les camps, et que ce contrat fût visé par les services de main-d'œuvre, pour qui le candidat était presque toujours et d'avance réputé «en surnombre» dans la corporation intéressé...

Extraits tiré de l'ouvrage de Maurice Vanino
Le Temps de la Honte, De Rethondes à l'Ile d'Yeu
Aux Éditions Les Écrits Restent


Les Anciens Combattants dans les camps de Pithiviers et Beaune la Rolande 

A partir du 14 mai 1941, suite à la rafle dite du billet vert, plus de 3700 hommes juifs étrangers sont internés dans les camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers. Parmi eux , un peu plus de 400  engagés volontaires anciens combattants, qui pour la plus part  on combattu dans les 21° 22° 23° RMVE, 11° 12° REI, les Bataillons de Pionniers EVE et 13° Demi Brigade de la Légion Étrangère, ou  dans les armée Polonaise et Tchécoslovaque qui se sont constituées  en France.

Démobilisé, ces hommes vont subir, comme les autres juifs de France, les persécutions, l’ internement, puis la déportation. Les premiers jour de leur internement, ils ne pouvaient imaginer que le pays pour lequel ils ont combattu les enferme “ sans motif “. Ils pensent que leur statut d’ ancien combattant va les faire libérer. Ils s’ organisent, établissent des listes, désignent des représentants. A Pithiviers, ils sont majoritairement regroupés dans une baraque particulière, la baraque 14. Au début, ce sont les autorités française qui décident des libérations. Au cours de l’été 1941, quelques titulaires de Croix de Guerre et quelques blessés de guerre  sont libérés. Fin septembre 1941, les Allemands deviennent décisionnaires, très peu d’ internés serons dès lors “ libéré sur ordre des autorités d’occupation “. Mais les commandants des camps via la préfecture du Loiret, continuent,  de leur transmettre les dossiers de proposition de libération, notamment ceux des anciens combattants.

Pendant des semaines, les autorités allemandes ne se manifestent pas, jusqu’au 13 novembre 1941. La Feldcommandantur d’Orléans écrit alors au préfet :“Le fait que des juifs ont combattu dans l’armé française et y furent blessés ( ... ) ne peut avoir aucune influence vis-à-vis des Services  allemands, ou non de leur internement. Je me vois donc hors d’état d’acquiescer à la libération de ces personnes”.

 N’ayant plus le pouvoir de libérer ces anciens combattants, le commandant du camp de Pithiviers, par compensation, leur concède un statut un peu privilégié.  Ils font partie des internés désignés en priorité pour aller travailler à la sucrerie voisine du camp, parmi nombre d’autre qui se sont eux aussi portés candidats. Ils ont aussi l’autorisation d’organiser en janvier 1942 un diner-concert “ dans leur baraque.

Jusqu'à leur déportation ( principalement en juin-juillet 1942 ), ils n’ ont  de cesse de réaffirmer leur identité d’ancien combattant. Une quarantaine s’évade.                 

La solidarité entre eux restera toujours vive.

25 d’entre eux , au moins, rentrerons de déportation.

Document du C.E.R.C.I.L