70° anniversaire de l'engagement massif des juifs d'origine étrangère dans l'armée française

Notre cérémonie annuelle du souvenir à eu lieu le

dimanche 18 octobre 2009

à 10 h 30 

au cimetière de Bagneux- parisien


                  

                    

                                    

 

" Il m'est donné aujourd'hui d'honorer

leur mémoire"

discours de Gérard Grobman

enfant de la 3 ème génération.


Me voici à mon tour au pied de cette statue, symbole de l'héroïsme de nos aînés, conscient de l'honneur qui m'est fait de venir prendre la parole devant vous, en ce jour.
Enfant de la 3ème génération d'après guerre, je suis venu attester de ce qui m'a été transmis, du plus loin que je me souvienne, par mes parents, par mes grands parents, par ceux des miens restés en vie.
Les différents destins des membres de ma famille pourraient symboliser le destin des juifs de France durant les années de guerre.
Chez les Grobman et chez les Goldsztajn, il y a eu des victimes assassinées à Auschwitz, il y a eu des héros tombés au champ d'honneur, il y a eu des prisonniers évadés, des résistants, des enfants cachés.
Dès le début de la guerre, Maurice Grobman, 19 ans, décide, avec son cousin Adolphe Moldavan, de passer par l'Espagne pour rejoindre les Forces Françaises Libres en Angleterre.
L'oncle Simon, le père de Maurice, entre en résistance dans le réseau basé à Livry Gargan, et Jacques Leibovici, le 3 ème cousin, ayant l'âge requis, s'engage et combat dans le 12 ème Régiment Etranger d'Infanterie.
Mes deux grands pères, Gherson et Mayer Shulim, se sont engagés dès septembre 1939. Rien ne prédisposait aux combats ces petits ouvriers du vêtement et de la chaussure.
Ils ont pourtant fait partie des 25 000 juifs étrangers, désireux de combattre pour la France, leur nouvelle patrie, terre d'asile qui les avait accueillis quand ils fuyaient la misère et l'antisémitisme du pays natal.
Jeunes gens ou déjà chefs de famille, ils mesuraient l'opportunité qui leur était donnée de combattre les armes à la main un ennemi dont ils ne connaissaient que trop bien les doctrines.
Il m'est donné aujourd'hui d'honorer leur mémoire.
Maurice Grobman participera à la libération de Paris dans la Division Blindée du Maréchal Leclerc, il sera tué dans son char pendant la bataille des Vosges. Le caporal Moldavan tombera au cours des terribles batailles du Monte Cassino. Et Jacques Leibovici mourra suite aux mauvais traitements subis lors de sa captivité.
Ils reposent tout les trois au cimetière de Livry Gargan dans le même caveau sur lequel on peut lire : « Morts pour la France » >>>

<<< Jugé « inapte », mon grand-père Gherson Grobman est éconduit par le bureau de recrutement. Et, en 1942, lors de la rafle des juifs roumains, lui et ma grand-mère seront arrêtés et déportés à Auschwitz. Ils n'en reviendront pas. Ils laissent derrière eux leurs trois enfants, livrés au désarroi le plus total dans Paris occupé.
Parmi ces trois orphelins, mon père âgé de 10 ans.
Au cours de cette même rafle de septembre 1942, Tauba, Salomon, Jacques, Odette et Liliane, mes oncle, tante et leurs enfants ont été arrêtés et déportés eux non plus ne reviendront pas.
Mayer Szulim Goldsztajn, mon autre grand-père, est le seul de nos engagés qui soit resté en vie.
C'est au camp d'entraînement de La Valbonne qu'il a reçu sa formation de soldat, et c'est dans la Légion Étrangère qu'il a combattu.
Son régiment est défait à Soissons le 6 juin 1940.
Il fera partie des soldats, prisonniers de guerre dans les stalags allemands. Il s'en évade, et passe en zone libre.
Ma grand-mère parvient à le rejoindre, avec ses deux filles dont ma mère, âgée de 9 ans.
Au lendemain de la guerre, la plupart des survivants se sont tus.
Ils ont vite compris que leurs voix ne voulaient pas être entendues.
La place laissée vacante fut une aubaine pour les négationnistes de tous poils, les détracteurs de l'histoire.
Mais, j'ai assisté à la naissance d'une autre forme de combat : celui de Béate et Serge Klarsfeld. Leurs minutieuses recherches menées avec ténacité et détermination ont abouti au « Mémorial de la Déportation des Juifs de France », ouvrage de référence dans lequel chacun d'entre nous peut retrouver la trace des siens.
Dans la lutte contre l'oubli, nos anciens, depuis longtemps réunis en association, se sont attachés à perpétuer la mémoire de l'engagement, et le souvenir de leurs camarades morts pour la France.
Ce sont leurs enfants qui ont repris ce flambeau.
Depuis 20 ans, ils militent contre l'occultation de ce formidable élan de patriotisme qui avait poussés leurs aînés à s'engager dans les rangs de l'armée française.


Ces enfants, c'est vous tous.
Vous avez « élu domicile » rue du Renard et du plus loin que je me souvienne, par tous les temps, qu'il vente, qu'il neige, vous poursuivez les actions de l'association.

Qu'il me soit donné aujourd'hui de vous exprimer mon admiration et ma reconnaissance, et de vous dire ma fierté d'être devenu l'un des vôtres.
Au fil du temps, j'ai mesuré l'importance de notre mémoire.

Dès l'enfance, elle a eu sa place dans mon éducation, elle a beaucoup compté dans mon parcours de jeune homme, puis dans les choix les plus profonds de ma vie d'homme.
Devenu auteur dramatique, elle fut l'objet de mes premiers écrits. Devenu chef de famille, je m'efforce de la transmettre à mon tour.


Gérard Grobman