médaille éditée à l'occasion du 50 ème anniversaire de l'association

(R.M.V.E.)
REGIMENTS DE MARCHE
DES VOLONTAIRES ETRANGERS

         
 

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Les Régiments de Marche des Volontaires Étrangers

par

le Général Brothier (extraits)



Par décision du 14 janvier 1985, le Ministre de la Défense Nationale vient de confier au 2° Régiment Étranger d'Infanterie, la charge de perpétuer le souvenir des Régiments de Marche de Volontaires Étrangers crée en 1939 au moment de la déclaration de guerre…
Qui sont donc ses hommes ?
J'ai la fierté d' avoir été un des leurs. Je crois pouvoir parler d'eux en connaissance de cause…Leurs motivations d'engagement sont donc très différentes des légionnaires… Vivant par choix sur notre sol, ou chassés de chez eux par le racisme, les crises économiques et politiques, ils constituaient en France des minorités souvent importantes…Il en allait ainsi des Russes blancs, des Arméniens, des Italiens,des Polonais, des Allemands antinazis des Juifs d'Europe centrale et Orientale, et en dernier lieu des Espagnols républicains.
Il ne faut pas taire que dans certains groupes les motivations d'engagements furent quelques fois politiques, Ils virent l'occasion de combattre et peut-être aussi d'abattre des régimes détestés dont ils avaient eu à souffrir. Mais il est juste de reconnaître que leur en engagement signé, ils se comportèrent avec loyauté, notre combat devenant le leur.
A la déclaration de la guerre, en septembre 1939, des milliers d'étrangers demandèrent donc à combattre à nos cotés. La loi française ne permettait pas à un étranger de contracter un engagement dans une unité de notre armée. Aussi avait on prévu un Centre mobilisateur spécialisé, annexe du dépôt commun des Régiments étrangers de Sidi Bel Abbes, dont il devait recevoir ses noyaux actifs, et basé au fort de Vantia près de Lyon. Il commença par mettre sur pied le 11° Régiment Étranger d'Infanterie, puis le 12° et compléta la 13° demi-brigade venue d'Afrique du Nord et qui fut envoyé en Norvège.
Mai il y eu un tel afflux de candidats à l'engagement que la création d'un deuxième centre d'engagement et d'instruction s'avéra nécessaire. Il pris le nom de " Dépôt commun des Régiments de Marche de Volontaires Étrangers", et fut installé au camp du Barcares dans les Pyrénées Orientales. Il reçu mission de recruter, former et instruire les 1°,2°,3° Régiments de Marche de Volontaires Étrangers qui par la suite, et pour éviter toute confusion avec les régiments d'active et ceux formés à Vantia, prirent les numéro :21, 22 et 23. Un bataillon autonome destiné à la Syrie fut aussi crée… A l'issue des combats, 13 citations à l'ordre de l'armée furent accordées à des unités d'Infanterie. sur ce maigre total, 4 l'ont été à des régiments étrangers: les 11°et 12° R.E.I. et le 22° R.M.V.E. pour leur comportement en France, la 13° Demi-brigade pour sont comportement en Norvège. Si on veut bien se souvenir que près d'un million de fantassins firent mobilisés et engagés, comment ne pas être surpris en constatant que moins de 20.000 fantassins étrangers ont glané à eux seuls le tiers des distinctions accordées à toute l'Infanterie…
Mais revenons au Barcares
Au nord-est de Perpignan et près de Rivesaltes, s'étirait entre la mer et un étang une longue et étroite bande de sable, couverte d'une maigre végétation, et battue presque en permanence par un vent violent et des embruns de la mer. Une piste orientée sud-nord, traversait des alignements de trente baraques aux légères charpentes de bois couverte de carton goudronné et de vitrex, ces matériaux dont on faisait les poulaillers. Dans chacune d'elles, deux long châlits de planches inclinées séparés par une allée à même le sable, constituaient toute la literie. Dans les baraques privilégiées deux ou trois ampoules pendant du plafond dispensaient une faible lumière.Et le tout était infesté d'insectes parasites; puces, punaises, poux et moustiques. Les installations d'hygiènes étaient plus que sommaires, et les robinets en plein vent distribuaient avec parcimonie une eau saumâtre. tel était le " Camp du Barcares" que les nouveaux arrivants découvrirent… Le problème posé par l'encadrement sous-officiers fut un peu plus long résoudre…Des sous-officiers d'origine Tchèque
envoyés par Bel Abbes pour participer à l'encadrement d'une
"brigade tchèque libre", et qui tant qu'à se battre contre les allemands avaient préféré le faire sous le drapeau français…

Dessin de Bagel

Les caporaux et pour cause, figuraient à dose homéopathique, mais l'étonnante qualité intellectuelle de beaucoup d'engagés et l'expérience sur le tas des Espagnols permit d'en former rapidement dans des pelotons accélérés…Pour autant qu'il m'en souvienne, le Dépôt du Barcares a du recevoir 12.000 à 13.000 candidats à l'engagement; 2 à 3000 ont du être refoulés pour des motifs divers: âge, aptitude physique insuffisant ou attitude politique douteuse. 50% appartenaient à l'éventail d'une cinquantaine de nationalités, 30% étaient des Espagnols républicains,20% étaient des juifs d'Europe centrale ou orientale. Leur moyenne d'âge devait se situer entre 25 et 28 ans. Nous avions donc a faire à des hommes déjà formés, quelque fois mariés, ayant la pratique d'un métier, ou poursuivant dans nos Universités ou nos Écoles des études de très bon niveau… Cette communauté hétéroclite et disparate prit rapidement corps, aucune hostilité systématique ne sépara jamais les différents groupes. L'ingéniosité, l'esprit d'entreprise et la bonne volonté de tous fit merveille… Mais il nous fallait aussi équiper et instruire cette masse d'hommes. Nous vîmes arriver en vrac, par wagons entiers, toute une friperie pas très net et disparate, laissée pour compte par les unités mobilisées… Trier, nettoyer et réparer fut la première activité pour que tout devienne à peu près présentable…Quand à l'armement initiale il se composa seulement de fusils, bien souvent sans bretelle Comme il fallait remédier atout, la ficelle devint un élément important de dépannage et nos régiments y gagnèrent l'étiquette de " régiments ficelles"? Leur mérite est d'avoir su faire d'un sobriquet de dérision une sorte de titre de gloire. Mais après ces débuts laborieux et assez peu encourageants tout fini quand même par s'ordonner et s'organiser.

Dessin de Bagel

Sans que ce fut à profusion le matériel et l'armement commencèrent à arriver, armes automatiques et mortiers, canons antichars et mitrailleuses antiaériennes, nous permirent de mener à bien l'instruction des spécialistes… C'est donc à peu près convenablement équipé que les premiers éléments purent partir pour le camp du Larzac pour y faire leur instruction collective. Et enfin vers la fin du mois de mars 1940 des tenues kaki nous promirent d'avoir une allure uniforme…et de rêver à un prochain départ le "front"…

La montée au Front.

La première unité à quitter le Barcares au début du mois d'avril 1940 fut le bataillon de marche de Syrie… Puis ce fut le tour du 21° R.M.V.E. dirigé sur Brumath en Alsace, et incorporé à la 35° division d'infanterie du Général Decharme, il y reçu un accueil assez frais, du, semble t-il, à la pauvreté de son armement et de son équipement. Ils furent heureusement complétés. Au moment de l'attaque allemande du 10 mai 1940 et de la percée sur Sedan, la 35° division fut déployée au sud des Ardennes, le long du canal pour colmater la brèche. Le 21° tiendra son secteur pendant plus de trois semaines. Recevant l'ordre de se replier pour échapper à la tenaille allemande, il livra une série de combats, l'un particulièrement sévère dans les rues de de la ville de Sainte-Menehould lui coûtera plus d'une centaine d'hommes. Ces combats d'arrière-garde, il les livrera dans des conditions difficiles jusqu'à la fin. Ce n'est qu'après que l'armistice fut signé, et sur l'ordre du Général Decharme, que ses derniers éléments déposèrent leurs armes. Quittant le Barcares quelques jours après le 21°, le 22° se retrouva lui aussi en Alsace. Incorporé à la 19° division d'infanterie à Mulhouse il fut placé en soutien d'un régiment de forteresse dont les casemates bordaient la rive gauche du Rhin. Il ne devait pas y resté longtemps car après le déclenchement de l'offensive allemande toute la division fut enlevée par chemin de fer pour être déployée sur la rive sud de la Somme. Le 22° devait avoir ses premières pertes au cours de ce mouvement, car une de ses rames fut violemment bombardée par l'aviation allemande dans la région de Pontoise. Mettant ses pas dans les traces du R.M.L.E. de 1914/1918, il s'installa de part et d'autre de la route Lille Paris au sud de Péronne. Fin mai il reçu l'ordre de réduire la tête de pont, mais la volonté et le courage des hommes ne pouvaient pallier au manque de soutien de l'artillerie, de char et d'aviation; et l'entreprise qui provoqua des pertes sévères, surtout au 2° bataillon dut être abandonné. A l'aube du 5 juin, après une violente préparation d' artillerie et des bombardiers en piqué, des centaines de chars des divisions blindées de Guderian et de Rommel déferlèrent sur les points d'appuis tenus par le 22° pour s'ouvrir la route de Paris. Sans aucun soutien, ne pouvant compter que sur leurs seules forces avec leurs dérisoires pièces antichars tractées par des chevaux de labour, ne recevant aucun ravitaillement ni en vivres ni en munitions, les points d'appui étaient condamnés d'avance et malgré leur résistance farouche finir par tomber, les uns après les autres. L'adversaire lui même devait par la suite rendre hommage à la résistance qui lui avait été opposée, et le commandement français le reconnut lui aussi en accordant une citation à l'ordre de l'armée au Régiment. Tout était déjà consommé quand le 3 juin le 23° reçu à son tour l'ordre de quitter le Barcares. Le 6 juin alors que l'offensive des divisions blindées allemandes continuaient à se développer en direction de Paris, il s'installa en couverture dans la foret de Villers-Cotteret. Pauvrement armé et équipé, il devait à son tour subir les attaques allemandes à partir du 9 juin. Pendant deux semaines il du mener un combat désèpéré d'arrière-garde en perdant la majorité de ses effectifs dans des affrontements inégaux à Nangis, Pont sur Yonne et Montargis. A la signature de l'armistice ses derniers éléments encore en état de combattre se trouvaient aux environ de Chartres et purent rejoindre le midi de la France pour y être démobilisés. Telle est donc, rapidement brossée l'histoire de ces R.M.V.E. Notre pays au cours des siècles a connu des heures sombres, mais celles de 1940 furent particulièrement noires. Ces hommes venus de partout dans le monde les ont partagées avec nous. Mais parce qu'ils n'étaient pas français, mais espagnols républicains ou juifs, l'Allemagne hitlérienne ne leur a pas pardonné de prendre les armes contre elle. S'ils ont partagé notre misère, nos souffrances et nos larmes, ils ont hélas, aussi connu d'autres épreuves. Mais ils partageaient notre espérance et nombreux furent ceux qui reprirent les armes dans la Résistance. Aux Barcares et dans les villages ou ils se sont battus des monuments perpétuent le souvenir de leurs combats. 

Général Brothier,

alors jeune officier du 22° RMVE

Ultime sursaut de l'armée

Début juin 1940, la situation des armées françaises est désespérée: elles sont seules à poursuivre le combat. Les Hollandais ont capitulé le 15 mai et les Belges le 28. Dunkerque est tombée le 4 juin: il n’y a plus de soldats Anglais sur le continent…On réorganise les troupes en un nouveau front sur les rives sud de la Somme et de l’Aisne, qui tient tant bien que mal depuis la fin mai. Les soldats Français sont conscients des enjeux, animés par un patriotisme viscéral et décidés à s’accrocher au terrain, malgré l’absence de l’aviation et de l’artillerie antiaérienne. En cette heure décisive, ils défendent seuls la liberté du monde…Les Allemands se hâtent d’empêcher cette réorganisation. Ils veulent en finir le plus vite possible avec ce qui reste de l’armée française, et sceller la victoire en investissant Paris dans les meilleurs délais. Ils redoutent une nouvelle “Bataille de la Marne”… 
Les combat sont brefs’ mais très meurtriers…Guidée par les avions d’observations, l’artillerie est d’une efficacité redoutable. Des régiments entiers sont pulvérises… 
A une vingtaine de kilomètres au nord, le secteur de Fresne-Mazancourt, Miséry et Marchélepot est tenu par le 22ème Régiment de Marche de Volontaires Étrangers, qui défend lui aussi la route de Paris, au sud de Péronne. Cette unité est composée majoritairement de réfugiés espagnols républicains et d’immigrés Juifs d’Europe centrale, tous très motivés par le combats anti -fasciste, et pour certains d’entre eux très aguerris. Ces régiments de volontaires étrangers étaient mal équipés, et les soldats des autres unités les appelaient par dérision les “régiments ficelles”. Les 5,6 et 7 juin, le 22éme RMVE se bat pourtant avec une telle détermination, qu’il est cité à l’ordre de l’armée. “Complètement entouré par les unités blindées ennemies, violemment bombardé tant par les avions que par l’artillerie, il résiste héroïquement pendant quarante-huit heures à toutes les attaques, réussissant pendant ce temps à conserver l’intégralité des localités qui constituaient l'ossature de la position confiée à sa garde”. Les soldats pourtant épuisés refusent de se rendre, et se battent au corps à corps, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que 800 hommes valides, sur environs 2 500, qui seront fait prisonniers. Certains Espagnols apatrides, seront envoyés au camp de concentration de Mauthausen. Quand au combattants juifs, ils sont protégés par leur statut militaire, tant qu’ils portent l’uniforme, mais ceux qui, grièvement blessés, échappent à la captivité ne seront pas, plus tard, à l’abri des rafles; et les familles des Volontaires Étrangers, seront les premières victimes des persécutions raciales. 
Sur la Somme, c’est la fin, le front vole en éclat, la route de Paris est ouverte et les Allemands franchissent le fleuve le 8…


Extrait d’un article: La Bataille de France. www. juin1940.free.fr