"Jamais un engagé volontaire ne serra expulsé de France"

     Telle une traînée de poudre, la nouvelle de l'inique mesure d'expulsion prise à l'encontre de notre camarade Gromb-Kœnig s'est répandu parmi les anciens combattants juifs et a soulevé une vive émotion dans toutes les couches de la population. Cette bouleversante nouvelle a paru incroyable. Comment ? Un engagé volontaire, qui a consenti le sacrifice suprême pour la défense de son pays d'adoption, un valeureux combattant d'un glorieux régiment, prisonnier de guerre qui pendant cinq ans, s'est conduit en patriote derrière les barbelés, un bon père de famille, est-il possible qu'un simple trait de plume puisse barrer toute cette vie au service de la France ? Est-il possible qu'un tel homme soit mis en demeure de quitter un pays qu'il aime tant et pour l'indépendance duquel il serrait près a nouveau à offrir sa vie ? Déjà il y a deux ans sous prétexte " d'assimilation insuffisante ", il se vit retiré sa nationalité française, acquise par un décret de naturalisation d'août 1948. Quelle sont les raison donnée pour motiver cette mesure inique ? " Mauvais renseignement recueillis "… Nous sommes donc en plein arbitraire, et c'est pourquoi la mesure qui frappe aujourd'hui Gromb nous atteint tous, ses anciens camarades de combat. Car lorsque nous étions sur les champs de batailles, ayant consenti le sacrifice du sang, nos supérieurs, la France toute entière nous considéraient comme français, sans même attendre la consécration d'un décret, et notre nouvelle patrie nous a ouvert largement les bras. Jamais un gouvernement n'a pris une telle mesure contre un combattant ; jamais, même pendant la triste époque de l'occupation… Nous alertons l'opinion publique sur ses dangers qui nous menacent, car lorsqu'on porte atteinte à une catégorie de citoyens, c'est la liberté même qui se trouve menacée…
"Jamais un engagé volontaire ne serra expulsé de France" déclarait M. Schneitter, alors ministre de la Santé publique et de la population, à une délégation qui était venu intervenir auprès de lui,il y a deux ans en faveur de Gromb. Cela les Anciens Combattants, et l'ensemble des français,continuent, eux, à le penser et a le proclamer…

Extrait de l'article d' Isi Blum

paru dans Notre Volonté N°5(30)
de septembre 1951.

 

Grand meeting, organisé le 19 septembre 1951, par l'Union pour défendre la valeur et la permanence de la nationalité française des anciens combattants naturalisés, et exiger l'abrogation du décret de déchéance de la nationalité frappant le combattant volontaire Jacob Gromb, vice-président de l'Union.

Grande Victoire pour tous les Anciens Combattants,

Jacob Gromb reste Français.

Enfin, l'immense victoire que nous venons de remporter dans l'affaire Gromb qui, par décision du Conseil d'État, recouvre la nationalité française, dépasse de loin la personne même de notre camarade. Nous sommes heureux de le voir définitivement parmi nous, et le félicitons chaleureusement à cette occasion ; nous estimons que la décision du Conseil d'État est un précédent d'une importance considérable pour l'ensemble de nos camarades. D'ores et déjà, elle leur a rendu cette confiance ébranlée, au moment de l'affaire Gromb, que leur droit de citoyenneté, si chèrement acquis, ne peut être supprimé par une simple mesure administrative.

Extrait d'un article de J.Orfus
paru dans Notre Volonté N° 1(32) de Janvier-Février 1952


 Encore une injustice !

Lui, deux fois engagé volontaire, Elle membre de la Résistance, titulaire de la Croix de Guerre, menacés d'être expulsés de France.

Un nouveau danger pour les naturalisés

l'application arbitraire de l'article 96
Dans notre dernier numéro, nous avons fêté la victoire de Gromb-Koenig qui recouvrait, par décision du Conseil d'État,la nationalité française. .. Malheureusement, les dangers qui pèse sur les naturalisés sont loin d'être écarté. Un fait nouveau vient de se produire qui plonge dans l'inquiétude tous nos camarades. Car cette fois, il s'agit non seulement des français naturalisés depuis un an et qui sont susceptibles de tomber sous le coup de l'article 111, mais se sont tous les naturalisés, sans distinction, qui sont visés par l'article 96 du Code de la nationalité. C'est en utilisant cet article que le Ministre de la santé Publique et de la Population vient de notifier aux époux Speter que le Conseil d'État est saisi pour avis dans le but de leur retirer la nationalité française. L'article 96 stipule qu'il est possible de retirer la nationalité française au naturalisé « qui se comporte en fait comme des nationaux d'un pays étranger et qui n'a pas perdu sa nationalité d'origine».M. et Mme Speter sont en France depuis 1931.Ils ont fondé un foyer. Ils ont deux enfants; une fille de 15 ans, un fils de 6 ans. Pendant la guerre et l'occupation, ils ont démontré de façon éclatante leur attachement au pays qui les avait accueillis. M. Speter a contracté un engagement volontaire en septembre 1939. Il n'a pas été appelé aux armées jusqu'à l'occupation de Paris. Pendant l'occupation ce n'est pas seulement M. Speter mais sa femme également qui a pris par à la Résistance. M. Speter a servit dans les F.F.I du 1er novembre 1943 au 3 septembre 1944. Il a par décision, N° 294 du Secrétariat d'État à la présidence du Conseil, été cité à l'ordre de la Brigade. La citation se termine par cette phrase éloquente dans sa sobriété: « A bien servi la cause de la Résistance». La citation comporte l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile de Bronze. Quand à Mme Speter, son rôle n'a pas été moins brillant. Ses services dans la Résistance compte du 25 juin 1942 au 11 mai 1945. Arrêtée le 25 novembre 1942 et déportée ensuite à Auschwitz, elle a été rapatriée le 11 mai 1945,ainsi que l'établit le certificat d'appartenance à la Résistance Intérieur Française et le certificat délivré par le Ministère des Anciens Combattants et Victime de Guerre. Leur attitude ne c'est modifiée en rien depuis leur naturalisation et aucun des faits qui avait prouvé leur attachement à la France ne s'est trouvé infirmé depuis...
Extrait de Notre Volonté de Mars-avril 1952

Les engagés volontaires juifs participent à tous les rassemblements des anciens combattants de France unis pour la défense de leurs droits : cent milles anciens prisonniers de guerre réunis à Paris le 3 septembre 1949, réclament le pécule et la carte de combattant.

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                                    Le procès Papon                                       

  (décembre 1997) 

Des fonctionnaires zélés aux Justes parmi les nations.


Le procès Papon est en cours, c'est l'ancien Secrétaire Général de la Préfecture de la Gironde que l'on juge. Celui qui fut l'organisateur des rafles et donc responsable des déportations, d'hommes, de femmes, de vieillards, d'enfants sans aucune pitié. L'inattendue défaite du printemps 1940 coûta la mort de près de 100 000 combattants parmi lesquels, nos camarades engagés volontaires juifs, envoyés en première ligne avec les régiments d'étrangers qui payèrent un très large tribut. Elle entraîna outre l'envoie de plus de 1 800 000 prisonniers en Allemagne, la venu au pouvoir de Pétain. Effondrés, la très grande majorité des Français espérèrent qu'il allait les protéger contre les vainqueurs…Le Maréchal exploita ce désarroi et mis fin à la République. Il exigea que tous les hauts fonctionnaires et magistrats fassent acte d'allégeance en lui prêtant serment, chacun individuellement. Le gouvernement de Vichy fut constitué principalement par les forces les plus antisémites du pays. Sans attendre des exigences précise de l'occupant le gouvernement s'engagea dans sa propre politique anti-juive. Le 3 octobre 1940 fut décrété le premier statut des Juifs. Statut que les Préfets,Sous-Préfet, Secrétaires Généraux de Mairie et la plupart des fonctionnaires furent chargés d'appliquer. Certains traînèrent les pieds, d'autres firent du zèle. Tout semble attester que Papon compta parmi ces derniers…Les fonctionnaires ne furent pas les seuls a se taire et a agir contre les Juifs, il en fut de même, de l'Église de France, de la police, de l'Ordre des médecins, et de la Croix Rouge Française, comme le confirme si besoin état leurs déclarations de repentance … Heureusement il y a des femmes et des hommes qui, au temps tragique de l'occupation décidèrent de s'opposer à l'inexorable machine répressive et meurtrière qui vouait tout les Juifs à la mort. Un vibrant hommage a été rendu aux "Justes parmi les Nation" à Thonon les Bains (Haute Savoie) le 2 décembre dernier. Dans son message Monsieur Jacques Chirac, Président de la République, a réitéré l'affirmation de la responsabilité indéniable de Vichy dans la persécution et la mort de nombreux Juifs de France. C'est une réponse à tous ceux qui voudrait nier ou minimiser cette responsabilité. Nous, les derniers témoins, nous rendons hommage à tous ceux qui ont œuvrer pour que le procès Papon ait lieu. Nous devons également rendre hommage aux historiens et aux générations nouvelles, qui comme l'affirme le Président de la République, devront assumer avec tout les Français, toute l'histoire de cette période, le blanc comme le gris, les heures de gloire comme les zones d'ombres afin d'éviter toute réémergence et tout répétition tragique.


Extrait de l'article de Jo Okonowski
Parut dans Notre Volonté N°16 de octobre, novembre, décembre 1997

Extrait d'un article paru dans Notre Volonté de Mars-Avril 1952



Après le Conseil National de l'U.G.E.V.R.E 

par Joseph Minc 

Le dernier conseil de l' U.G.E.V.R.E, tenu à Lille les 1er et 2 mars écoulé, a été un grand succès pour la Fédération en particulier et pour la cause des Anciens Combattants d'origine étrangère en général. Ce succès a été rendu possible surtout grâce à la section local de l' U.E.V.A.C.J...Pour la première fois, des représentants des 22 ème et 23 ème R.M.V.E. et de l' Amicale de la Légion sont venu à ce Conseil National en qualité d'observateur...La presse local a donné une grande place aux travaux du Conseil National, et ainsi la population du département du Nord a été mise au courant des sacrifices consentis par les Anciens Engagés Volontaires Étrangers pour leur pays adoptif, la France ,et a eu son attention attirée vers les problèmes qui se posent pour l'ensemble des Anciens Combattants d'origine étrangères... Bien que le succès remporté dans l'affaire Gromb soit d'une grande importance, le Conseil National a constaté le grave danger que représente pour les Anciens Combattants naturalisés les articles 96 et 98 du Code de la Nationalité qui, par l'imprécision de leur texte, ouvrent toutes les possibilités à l'arbitraire administratif. Un fait nouveau vient à présent illustrer les inquiétudes justifiées des Anciens Combattants d'origine étrangère: c'est le cas Speter. M. et Mme Speter ont été avisés, par l'application de l'article 96 du Code de Nationalité, qu'un décret était en voie de préparation, tendant à leur enlever la nationalité française. Malgré nos interventions, les époux Diskin ont été expulsés de France. Il est donc d'une extrême urgence pour l' U.G.E.V.R.E. d'organiser une grande action contre les mesures qui frappent les Anciens Combattants, d'obtenir, avec l'appui de l' U.F.A.C. Une refonte du Code de Nationalité en leur faveur et, pour les Anciens Combattants étrangers, l'abolition de l'article 25 de l'ordonnance du 2 novembre 1945.