M. Leizer Miliband (au milieu)
                    le père de Simone Fenal membre de notre comité directeur  
                                               Mon père ce héros

                                                      

C'est un soir d'été 1940, il fait presque nuit. Alors que les petites filles rêvent au fond de leur lit, moi je serre très fort la main de ma mère, nous attendons toutes les deux devant le 8, rue de Bagnolet où nous habitons. Je ne comprends pas pourquoi, mais je sens que ma mère est nerveuse. Je le suis aussi, je suis effrayée, mais tout à coup mon père est devant nous. Comment a t-il pu arriver jusque-là. Je suis heureuse, il me prend dans ses bras, ma mère pleure et je le trouve tellement maigre ! Il porte une sorte de vêtement kaki trop grand pour lui. Mais cela m'est égal, ce qui compte c'est que je sais que nous allons être à nouveau ensemble. C'est bien après que j'ai su qu'il s'était, comme des centaines d'autres, engagé comme volontaire pour aller défendre pour ce qu'il considérait déjà comme sa nouvelle patrie, la France après les années si difficiles en Pologne. Mais j'ai su qu'il racontait avec beaucoup d'humour à son neveu adolescent les détails de la guerre, quand il tirait du canon avec une allumette entre les dents, les épisodes de son passage à Barcarès, la paille, les poux, la saleté, l'uniforme si lourd à porter les jours de pluie.
Pour moi devenue adulte, toutes ces images se superposent : la grande table de notre deux pièces sur laquelle il collait les porte-monnaies, les dimanches matin où nous allions écouter la fanfare sous le kiosque place de la Réunion, les soirs où nous allions chez leurs amis prendre le thé et moi qui dormait au retour sur son épaule.
Tous les souvenirs y compris celui de notre visite à Beaune-la-Rolande où nous l'avons vu ma mère et moi pour la dernière fois après qu'il se soit présenté à la convocation du   "Billet vert" ne peuvent s'effacer et s'inscrivent à la fois dans l'histoire collective de cette génération d'hommes courageux, si jeunes et si forts, capables de se mettre au service d'un pays qu'ils pensaient être celui de la démocratie et de la justice ; mais aussi dans leur histoire individuelle qui fait de chacun d'eux un héros.
Simone Fenal-Miliband