Je soussigné: Lefrevre Edmond
28, rue du Beau Marais- Calais (Pas de Calais)
Déclare sur l'honneur ce qui suit:
Ancien chef de baraque et chef de camp, du camp de Prisonniers français de Hohenfels (AK 2432, puis stalag 383) dépendant du stalag VII A de Meesburg (Bavière), j'ai été désigné aux fonctions de chef de baraque en Avril 1941, puis de celles de chef de camp en Septembre 1942, jusqu'à la fin de la captivité, courant Avril 1945.
Le camp de Hohenfels constitué en kommando disciplinaire, comportait environ :      1000 à 1200 prisonniers de diverse nationalités: français, espagnols, portugais, suisses, luxembourgeois, belges, hongrois, grecs, polonnais, yougoslaves, bulgares, roumains,  turcs, russes, allemands, etc…
Sur cet effectif,il y avait environ 500 israélites, qui étaient arrivé au cours de l'hiver 1940/41.
Malgré la protestation des autorité française du camp, dont j'étais,les autorités allemandes ont procédé,à la séparation des prisonniers juifs,qui ont été relègues dans 3 baraques séparées (judenbaraken) portant les N°15-17-21,et avec des conditions discriminatoires de la part des responsables allemands.
Ceux-ci leur réservaient les travaux les plus pénibles (illisible)-commandos éloignés avec marches pénibles dans la neige ou sous le soleil), les désignant pour travailler dans des entreprises privées,et évitant tout contact avec des civils allemands. Il est arrivé fréquemment qu'on leur assigne du travail les jours fériés et les dimanches.
Malgré mes protestations énergiques,appuyées par celles de notre homme de confiance,les gardiens n'hésitaient pas à injurier en termes grossiers les prisonniers juifs, en raison de leur origine,nous avons dû intervenir très souvent prés de la kommandature pour voies de faits et sévices divers: coups de poings-gifles-coups de crosse etc…,etc., pour motifs les plus futiles. Nous avons même été informé que le sonderfürer avait donné des ordres pour que les sentinelles n'hésitent pas à frapper les prisonniers juifs s'il le fallait. Certains soldats allemands ne s'en sont pas privés.
Les prisonniers de ce camp étaient également privés de vêtements chauds pendant l'hiver,alors que la température atteignait souvent 20 à 25° sous zéro. le chauffage des baraques l'hiver était nettement insuffisant.
A signaler également,que dés la séparation des prisonniers juif (printemps 1941) et à de très nombreuses reprises,la direction allemande du camp a essayé de leur imposer le port d'un insigne distinctif, soit lettre "J ", soit un trait jaune, et il a fallu user de mille subterfuges pour éviter la généralisation de cette mesure,dont l'obligation en à été faite durant une période assez prolongée.
La discrimination s'est faite également dans le choix des interprètes; les autorités allemandes évitant au maximum d'autoriser le juif à remplir ce rôle,qu'ils étaient pourtant capables de remplir parfaitement.

signé E.Lefrevre

Document C.D.J.C.-CCCLXI-107