Je soussigné: Louis Roittman
demeurant: 71, rue Louis Blanc Paris 10 éme
Donne sous la foi du serment le témoignage suivant sur la situation des Prisonniers de Guerre juifs au camp de Baumholder.

Je suis arrivé avec un important groupe de prisonniers de guerre juifs de l'armée française au camp de Baumholder stalag XIIC au courant du mois de décembre 1940. Les P.G. juifs avaient été regroupés spécialement pour ce convoi. A notre arrivée le camp de Baumholder comportait un millier de P.G. de l'armée française, un certain nombre de P.G. juifs qui s'y trouvaient, occupaient déjà des baraques séparées. Nous fûmes à notre tour installés dans ces baraques.
Au début, nous portions comme tous les prisonniers de guerre français l'insigne K.G, sur nos vêtements, mais à peine un mois après notre arrivée à la fin de Janvier 1940, le commande ment du camp imposa au P.G. juifs un insigne particulier, un X qui était apposé sur la poitrine.
Les prisonniers français, comme d'ailleurs les prisonniers polonais qui étaient venus peu de temps après ne portaient pas d'insigne particulier. Cette mesure fut maintenue à l'encontre des P.G. juifs jusqu'a la fin de leur détention.
Un sergent-chef adjoint au commandant du camp mettait un acharnement à persécuter ceux qui pour une raison quelconque avaient enlevé l'insigne ou dont l'insigne n'était pas assez apparent.
Ce sous-officier avait d'ailleurs pour spécialité de persécuter continuellement les P.G. juifs, faisait prononcer à leur encontre des sanction pour le moindre fait ou pour son simple bon plaisir. C'est ainsi qu'il imposait à des baraques entières des exercices punitifs: gymnastique dans la neige et la pluie, etc…
Pendant plusieurs mois , il avait interdit au P.G. juifs de se rendre dans les lavabos pour faire leur toilette et il leur fut répondu qu'ils devaient attendre la pluie pour avoir de l'eau.
Les P.G. juifs étaient affecté à des travaux différents de leurs autres camarades. Ces derniers faisaient pour la plupart des travaux chez des civiles alors que les P.G. juifs étaient chargés des travaux les plus lourds notamment de nature militaire par exemple, des travaux de constructions ou de démolition dans la ligne Zigfrid.
A partir de 1943, un certain nombre de P.G. furent libérés et considérés comme travailleurs civils? les P.G. juifs étant naturellement exclus.
A maintes reprises les P.G. juifs ont protesté auprès du commandant et des commissions de la Croix-Rouge, mais cela n'empêcha pas le maintien de l'ensembles des mesures de discriminations. pendant une certaine période même les colis de la Croix-Rouge ne furent pas délivrés aux P.G. juifs.

Document: C.D.J.C.-CCCLXI-106