Le cours de peinture de François Szulman
par Albert Szyfman


Le "cours" de peinture de l'Union (UEVACJEA) n'est pas un cours ordinaire, et ce, à divers égards.
D'abord il y règne une ambiance plus qu'amicale; il faut dire que la majorité des élèves viennent du milieu juif parisien issu de la vague d'immigration d'avant la deuxième guerre mondiale.
Tous les élèves hommes ou femmes ont eu des destins similaires façonnés par les malheurs résultant de la Shoah. Cela crée des liens et des sympathies. Nombreux sont ceux qui parlent peu ou prou le yiddish.
Certains se sont déjà côtoyés depuis l'enfance dans les colonies de l'OSE, de la CCE ou de la Colonie Scolaire ou dans des mouvements de jeunesse juifs.
Mais ce n'est pas la raison pour laquelle tous ces gens se retrouvent le mardi pour deux ou quatre heures rue du Renard, face au temple de l'art moderne. Tous ces hommes et ces femmes sont des artistes à un niveau plus ou moins révélé et il s'expriment, qui avec un crayon, qui avec un pinceau sous le regard attentif du maître, François Szulman.
Lorsqu'on arrive timidement à l'atelier pour la première fois, François indique un emplacement, donne un crayon et une feuille de papier, dispose quelques objets sur une petite table et le nouvel élève réalise son premier "chef d'œuvre". Tout le monde y passe car cela permet d'évaluer les talents et les faiblesses du nouveau futur artiste peintre. C'est aussi l'occasion pour François de donner les premiers conseils et d'enseigner les premières bases de l'art, une vision juste, une évaluation correcte des proportions, le nombre d'or, la distinction des valeurs d'ombre et de lumière...
Une fois passé ce stade qui dure trois à quatre semaines, chacun choisit sa voie sans contrainte, pastels, aquarelle, gouache, huile ou acrylique et développe son propre style sous la surveillance du «Maître ».
En fait, c'est aussi très différent des cours traditionnels de dessin ou de peinture, dans lesquels tout le monde travaille en même temps sur le même sujet. C'est sûrement plus reposant pour le prof mais moins motivant pour les artistes en herbe.
Avec François, chacun choisit son sujet suivant son inspiration et François donne ses conseils individuellement ainsi que ses critiques. Mais tout le monde en profite aussi.
Elles sont devenues célèbres les phrases lancées à la cantonade du genre: «je ne veux pas de pattes de mouches... », «votre problème, et c'est valable pour tous, c'est que vous ne savez pas voir... », « évitez le jaune, la lumière est rendue par du blanc et surtout par du contraste... » ; ou encore « mais quel talent! », «mais c'est du vrai Bonnard! » (ou Modigliani ou tout autre peintre célèbre). Les sujets choisis par les élèves sont très différents. Certains imaginent complètement leur sujet, d'autres réalisent d'après photo, d'autres reproduisent des œuvres de peintres. Lorsque quelqu'un a terminé son œuvre, c'est à dire quand Monsieur Szulmanjuge que l'élève a donné ce qu'il a pu sur ce travail, l'élève est autorisé à signer, et l'œuvre est exposée au jugement et à la critique des autres élèves.
Après cette récréation le maître lance son « Nou, mé nemt zech wider tzu di arbet ! » et c'est reparti.
Je suis venu un peu par hasard à ce cours. Quand j'étais jeune et adolescent, je dessinais beaucoup, mais je n'avais jamais maîtrisé la peinture. Me retrouvant à la retraite j'ai décidé de développer cette faculté de dessin en l'enrichissant si possible de la couleur.
Bien que pupille de la nation et fils d'ancien engagé volontaire, c'est un peu par hasard que je me suis retrouvé rue du Renard. Cela fait maintenant une année que je fréquente cette adresse et j'en suis très heureux. J'y ai fait des progrès importants en peinture. Je peux accrocher mes réalisations sans en rougir et après une année passée à peindre en gouache, je viens de passer à l'acrylique. Franchement, je ne pense pas que l'on puisse progresser autant sans les conseils personnalisés du prof ou du maître. Si vous disposez de deux ou quatre heures le mardi et que l'art graphique et la peinture vous tentent, il ne faut pas hésiter, venez à l'Union et vous serez à la fois surpris et ravis de votre initiative. Il y a peu de cours de peinture où l'ambiance est aussi chaleureuse, on devrait plutôt parler de club de peinture; il y a peu de cours de peinture où les élèves (on devrait dire les membres) s'expriment avec autant de liberté et de motivation; enfin je connais peu de profs qui donnent autant d'eux-mêmes que François Szulman pour faire progresser leurs élèves, et là, on doit dire Maître.
            
               Alors, à très bientôt au 26 rue du Renard!


 

L’activité artistique de peinture.

Tous les mardis, le matin de 10h à 12h et l’après-midi de 14h à 16h, maître François Szulman anime avec maestria l’atelier de peinture de l’Union. En ce qui me concerne cela fait maintenant six ans que je viens aux deux séances du mardi et comme François ne ménage ni sa peine, ni son talent, j’y suis en général de 9h à 16h30. Si je ne suis pas absent de Paris, pour rien au monde je ne raterais ce rendez-vous tellement il m’apporte en terme de culture, de relation et tout simplement de bien être. Je vous entend déjà gloser et ricaner en rétorquant que j’exagère et qu’après tout ce n’est qu’un passe temps comme les autres et que d’ailleurs vous n’avez rien à y faire car votre petite fille, à trois ans, dessine et peint comme Vermeer en comparaison de ce que vous seriez capable de faire. Je vous arrête tout de suite car vous faites une grossière erreur ; je ne mets pas en doute les talents de vos petits enfants mais je suis certain qu’avec un minimum de conseils éclairés du coach (c’est le terme à le mode) vous êtes en mesure de réussir des œuvres picturales comme la plupart de élèves de François. Naturellement certains ont plus de facilités que d’autres mais tous sont rapidement en mesure de réaliser des peintures qui se comparent très avantageusement avec les croûtes que l’on voit dans certaines exposition d’amateurs, et parfois même de peintres qui se proclament professionnels. Mais au delà même de la satisfaction qu’on ressent à réaliser une œuvre, vous aurez le plaisir de partager un vrai moment de détente culturelle. Chacun raconte la dernière exposition qu’il visité ou le dernier spectacle auquel il a assisté. Certains racontent des blagues juives, ou pas juive; on évoque l’actualité politique ou « people » qui sont de plus en plus confondues. Vous ferez des progrès vertigineux au contact des autres. Il n’est même pas nécessaire d’investir trop pour faire un essai car il y a une sorte de mutuelle des peintres à laquelle tout le monde cotise et qui permet d’acheter une base commune de peinture de toiles et de vernis. 
A.S.