Szulim Malach Vice-président

                      Je n'ai pas retrouvé les miens

Cinquante ans ont passé depuis que je me suis engagé comme beaucoup d'autres juifs immigrés dans l'armée française pour la durée de la guerre. mais je n'imaginais pas que je porterais l'uniforme pendants plus de cinq ans. J'avais même oublié qu'un soldat pouvait perdre une jambe, un bras, est même être tué. Je pensais plutôt être de ceux qui survivent aux guerres. En tout cas je n'imaginais pas que cette guerre serait aussi, voire plus longue que celle de 1914/1918.
Dans l'immédiat il fallait apprendre le métier de soldat. Je fut envoyé à Barcares ( Pyrénées Orientales), je fut affecté dans l'un des trois Régiment de Marche de Volontaires Étrangers, le 22°. La première fois que j'ai passé l'uniforme, il m'a beaucoup plut et je me sentais dedans comme un sportif. C'est dans cet esprit que j'ai effectué tous les exercices demandé par le sous-officier instructeur. Je voulais aller le plus vite au front pour lutter contre les allemands, qui avaient montré ce dont ils étaient capable lorsqu'ils ont bombardé la population civile en Espagne.
C'est avec beaucoup de volonté que je me suis appliqué à apprendre le maniement des armes. En même temps, je pensais à ma femme et à mon enfant que j'avais laissé.
A Barcares nous étions logé dans des baraques terriblement inconfortable où régnaient les puces. Elles dansaient sans pitié sur nos corps ce qui n'arrangeait pas notre humeur, mais à la fin nous nous sommes habitués à elles et elles à nous. C'est notre future et regretté Vice-Président Jakob Gromb Kenig qui créa cette chanson " Les puces de Barcares". C'est avec cette chanson que nous sommes partis en manœuvre et ensuite au front. Là nous avons appris le vrais visage de la guerre avec ses morts, ses blessés. Je fus fait prisonnier comme beaucoup de militaires. Malgré toutes ces souffrances, j'avais tout de même des moments de joie, lorsque je recevais des lettres de ma femme avec des photos d'elle et de notre enfant. C'est en pensant à elles que j'ai fait mon devoir. En 1943, je reçu un courrier de ma voisine m'informent qu'elles avaient été déportées.
Au début j'attendais ses lettres, même si elles ne venaient jamais, je gardais l'espoir qu'à la fin de la guerre nous reprendrions tous les trois "comme avant", notre vie familiale. Le jour de mon retour, mon appartement était vide, et surtout je n'ai jamais revu ma femme et mon enfant.
Le commissaire de quartier, n'a pu que me confirmer qu'elles avaient été déportées. Ma première nuit de liberté je l'ai passé au centre des rapatriés de la Gare du Nord. Le lendemain j'ai rendu visite à une ancienne voisine qui m'a raconté en pleurant, avec quelle brutalité les miens avaient été déportés. J'éprouvais alors un sentiment d'amertume, mon engagement n'avait pas pu sauver ma famille, et mes problème de santé nés de cette époque sont toujours là.

                                                                   Szulim Malach,
                                                      stalag IB matricule 28366