Les engagements volontaires



Le 2 août 1914, la France déclare la guerre à l' Allemagne. Deux jours avant, le 31 juillet, sur l' initiative des immigrés Italiens, une grande réunion fut convoquée au café « Le Globe », Boulevard de Strasbourg, à laquelle assistèrent 3 000 personnes*. Au lendemain un appel aux engagements volontaires parut dans la presse, portant 17 signatures, parmi lesquelles se trouvait 12 juifs, dont Kaplan, Okonoski, Berr, Dibroski, Isbicki, Livschitz, Frisenthal, Israëlevitch. Suivirent les appels de différentes Immigrations ; Dans celui des juifs rédigé en yiddish, nous lisons entre autres :

« D' une minute à l 'autre la France peut se trouver en guerre. Nous juifs immigrés, qu' allons nous faire ? Allons nous, pendant que le peuple français se lève comme un seul homme pour défendre Paris, nous croiser les bras ?

« Non,car si nous ne sommes pas encore Français de droit, nous le sommes de cœur et d' âme et notre devoir le plus sacré est de nous mettre à la disposition de cette grande et noble nation »

Le soir, une grande manifestation d' immigrés se déroula à Paris.

« Les uns s'étaient donné rendez-vous place Clichy et ils descendirent sur les boulevards en soulevant l' esprit populaire...Les autres...des Israélites, avaient aussi une pancarte et criaient à tous leurs coreligionnaires « juifs venez servir la France !  « ...Des Turcs...des Slaves...Voici la Légion Hellénique, la Légion italienne...ce fut, de 9 heures à minuit, une imposante manifestation dans les principales rues de Paris... »*

Des permanences s' organisèrent rapidement. Quelques jours plus tard, des liste portant des milliers de signatures furent transmises au bureau de recrutement des Invalides. Elles témoignent du dynamisme de l' élément juifs ; Ainsi sur la liste du juif Jacques Flax, figuraient 600 noms d' engagés, sur celle de Manuel Leibovici 600, de Jacques Schapiro 3 000, Iskander Cheikowski avait collecté 787 noms, Sacha Wolinetz 3 500, Michel Gorsd 800. A l'école du travail abritant des immigrés juifs, 200 personnes se sont engagées rue Sedaine ou se tenait une permanence de juifs Ottomans, d' autres engagements eurent lieu au quartier Latin, etc …

 A. Saphir, dans « Le Volontaire Juif » d' avril 1932 , décrit l’atmosphère qui régnait dans le milieux d' immigrés juif : Ce fut le 2 août 1914 qu'un comité pour les engagements de volontaires juifs, composé de MM. Jacques Schapiro, H. Cherhewski, Amédé Rothstein et L. Lerman, lança un « Appel aux juifs étrangers en France ». La réponse fut immédiate et 4 000 jeunes gens, dont plusieurs centaines d'universitaires et d'étudiants, répondirent à l' appel comme un seul homme, et ce nombre augmenta journellement. Des dizaines de secrétaires volontaires furent placés dans l'Université Populaire Juive, rue de la Jarente la permanence principale, en dehors d'autres permanences, pour recevoir les demandes et d'engagement... Le Ministère de la Guerre submergé, décida de ne recevoir les engagements volontaires qu'à partir du 20 ème jour de la mobilisation... 40 000 immigrés de 52 nations s' engagèrent au mois d'août 1914. Combien y eut-il de juifs ?

Texte extrait d' un article de L. Lerman paru dans Notre Volonté N° 147 d'octobre 1974

*Tiré du Journal « Les Volontaires Étrangers de 1914 »


L'épopée de Carency


La bataille de Carency a fait partie d' une grande offensive des armées Alliées qui s'est déroulée en Artois aux mois de mai et juin 1915. C' est la Division Marocaine qui a ouvert le feu à 10 heures du matin le 9 mai. Elle était composée de deux Brigades d' Infanterie dont la première comprenait le 1er Étranger ou se trouvait les engagés volontaires juifs...

Donc, vers 11h30, nous avions enfoncé toutes les lignes et nous avions atteint tous nos objectifs.*

C'est un flot qui roule sans arrêt. Nos fantassins ne s'inquiète pas des adversaires resté derrière eux. D' autres saurons les mettre hors de combat. La compagnie polonaise de la Légion Étrangère en tête, nous dépassons les Ouvrages blancs, puis la route de Béthune. Les bataillons de tête escaladent les pentes à l' est. Sur quatre chefs de bataillon, un seul est encore debout. L' un des colonels est grièvement blessé, ainsi que le général de brigade. On continue malgré tout, ont couronne la crête qui domine la plaine de Douai. Une estafette cours au poste téléphonique et rend compte de ce surprenant résultat, mais à l' arrière on refuse d' y croire...Jamais pareil succès n' avait été obtenu depuis sept mois de guerre. On ramasse par centaine les prisonniers allemands. Nous avons anéanti la valeur d' une brigade. Le front ennemi est rompu et l' alarme se répand à l' arrière...

Au cours de ces combats, les engagés volontaires juifs ont payé un lourd tribut de vies. A Carency, déclarait le ministre Candace, le jour de l' attaque de 1915, quand pour la Légion Étrangère le tour vint de monter à l' assaut, elle laissa sur le terrain 1 500 cadavres, dont 500 était Juifs. Puis vinrent les combats de Champagne de septembre 1915, ceux de la Somme en 1916 et enfin, la glorieuse bataille de Verdun. Partout on trouve les engagés volontaires juifs. Partout ils laissent des morts, partout ils se distinguent par leur bravoure.

1 200 juifs immigrés sont tombés au cours de la Première Guerre Mondiale sur le sol français. Par centaines, les volontaires juifs ont été cités à l' ordre du Régiment, de la Division, de l' Armée. Bon nombre d' entre eux ont accumulé plusieurs citations, d ' autre obtinrent la Légion d' Honneur et d'autres hautes citations.

Un sentiment les unissait tous : l' attachement à la France et à la Liberté.

Extraits du récit officiel ( débat du 1' mai 1915 ) tiré du livre du Général Palat« Les batailles d' Artois et de Champagne en 1915 » paru en 1920.

Le même sentiment animait les Engagés Volontaires Juifs en 1939.


*  Extrait du journal : Le Volontaire Juif, 9 mai 1931

Paru dans Notre Volonté N° 147 octobre 1974

 


Rubin Bercovici,

Président de l'Association des Engagés Volontaires Juifs de la Première Guerre Mondiale,

raconte :

Le 21 août 1914, je suis affecté au 3ème Régiment de Marche de la Légion Étrangère ; mes deux frères, neuf de mes cousins, à Paris, Lyon, Blois, on revêtu simultanément l'uniforme, et se retrouverons au 2ème R.M.V.L.E. Je fais mes classes à Rueil, puis s'est le départ, à pied, le 13 novembre pour Montdidier.

Arrivé à Méricourt, dans les marais de la Somme, je monte en ligne et reçois le baptême du feu, le 18 novembre. J'avais été désigné comme volontaire d'office pour le poste de brancardier, il fallait aller chercher les blessés, les morts restés entre les lignes. Les allemands avaient repéré tout le secteur, installé sur des chevalets leurs fusils qui battaient chaque mètre de terrain. C'est miracle que nous n' ayons pas été touchés, cette nuit-là, un feu d'enfer, armes individuelles et artillerie, se déchaîna. Le 1er homme que je ramenai était un polonais, il avait une balle dans la tête. Pendant de long mois, les hommes pataugèrent dans le secteur...  Un jour, dans la tranchée, notre adjudant qui s'appelait Giudicelli, eu une altercation avec un copain nommé Kletskin. A un moment donné, l'adjudant s'écria : « Vous, vous êtes engagé avant tout pour la gamelle, et pour bouffer ... » Je me suis interposé immédiatement prenant à partie le sous-off' en lui disant :  «  Vous avez beaucoup de droits sur nous, mais pas celui de nous insulter». Le juteux fit un rapport... et je me retrouvai devant le colonel avec la perspective du conseille de Guerre ! Je m'expliquais, racontant les circonstances de ma « rébellion ». Le colonel fit appeler l' adjudant, et lui rappela que tous ces hommes auraient eu l' occasion de manger mieux, et en paix, s'ils étaient restés des civiles, qu'ils s'étaient engagés volontairement, et qu'ils affrontaient les mêmes risques sur le champ de bataille, sans distinction d'uniforme. Cantonnée à Belloy, mon unité se trouvait en réserve dans le parc du château de Tilloy, à Bus, le 9 mai 1915. Dans la journée, les nouvelles arrivèrent, le plateau de Carency avait été enlevé notamment par le 2ème R.M.V.L.E, composé en très forte majorité de volontaires juifs.

Mais le prix était lourd, terriblement lourd, près de quatre-vingt dix pour cent des effectifs avaient été engloutis dans la fournaise.

Article paru dans Notre Volonté de décembre 1968

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 Le 25 juillet 1914, Jaures déclare à Lyon:«Jamais, depuis quarante ans l'Europe n'a été dans une situation plus menaçante et plus tragique» Le socialiste sera assassiné cinq jours plus tard. Et ce même jour, le 30 juillet,les étrangers vivant en France prennent l'initiative d'appeler leurs concitoyens à s'engager dans l'armée française. Des dix-sept premiers signataires, douze sont juifs. Les trois pr emiers groupes d'étrangers à répondre à l'appel sont les Italiens,les Grecs et les Juifs. .Ceux- ci distribuent immédiatement un appel dans leur quartier. 

« Frères ! 
La France, pays de la Liberté, de l'Egalité et de la fraternité, la France qui a libéré l'humanité, la France qui, la première de toute les nations, nous a reconnu à nous Juifs, les droits de l'homme et de citoyens, la France ou nous nous trouvons, nous et nos familles,depuis de longues années, un refuge et un abri, la France est en danger! 
«D'une minute à l'autre, la France peut se trouver en état de guerre. Nous, Juif immigrés qu'allons nous faire? « Allons nous, pendant que tout le peuple français se lève comme un seul homme pour défendre la patrie, nous croiser les bras ? 
«Non, car, si nous ne sommes pas encore français de droit, nous le sommes de cœur et d'âme, et notre devoir le plus sacré et de nous mettre tout de suite à la disposition de cette grande et noble nation, afin de participer à sa défense.
«Frère! C'est le moment de payer notre tribut de reconnaissance au pays ou nous avons trouvé l'affranchissement moral et le bien être matériel. 
«Juifs immigrés, faite votre devoir, et vive la France» 
Combien sont-il à s'engager? Entre 10 000 et 30 000 sur les 40 000 étrangers de 52 nationalités qui rejoignent les rangs de l'armée française: des Juifs de l'Europe centrale et orientale, des Juifs ottomans, des Alsaciens, juridiquement Allem
Extrait de juifs révolutionnaire de: Simon Cukier/ Dominique Decez / David Diamant / Michel Grojnowski. 
Messidor , Édition Social

Verdun

monument aux morts Israëlites

1914-1918

Près de l'ossuaire de Douaumont, qui s'érige au-dessus des quatre cent mille morts de Verdun, se dresse, depuis plus de vingt ans, un vaste mur qui porte les deux tables de la Loi. Les dix commandements y sontgravés. Sur un socle, un bandeau de pierre porte la dédicace: Aux Français, Alliés et Volontaires Étrangers mort pour laFrance, 1914-1918 Le monument élevé sur l'initiative d'un Comité qui réunissait des membres du Consistoire Central et des associations d'anciens combattants volontaires juifs fut inauguré, le 19 juin 1938 par M. Campinchi ministre de la Marine, au nom du gouvernement. L'année suivante, lors de leur pèlerinage annuel, les anciens combattants volontaires juifs rendirent visite à Mgr Gininisty, évêque de Verdun, et le prièrent de veiller sur le monument comme il veillait sur l'ossuaire. La réponse du regretté prélat fut :" J'accepte de grand cœur, et je veux vous dire que votre démarche m'honore autant qu'elle vous honore." Sous l'occupation, les Allemands décidèrent d'abattre mur et Décalogue qui enjuivaient le plus célèbre haut-lieu de la gloire militaire française, et il fallut la violente opposition des autorités civiles et religieuses de l'immortelle cité et du département pour borner leur vandalisme aryen à les masquer, au moyen d'une palissade, à la vue des Fritz et des" touristes" nazis. Ce n'est qu'après la Libération que l'on s'aperçut qu'ils avaient dégradé le monument notamment en coulant du ciment dans les creux des lettres hébraïques et de la dédicace.

Le consistoire a entrepris la réfection du monument, et, conjointement, avec le grand-rabbin de France, M. Jacob Kaplan, il a lancé un appel auquel ont répondu les associations affiliés.

Signé par notre ancien Président Maurice Vanikoff, et Président de la Fédération des Anciens Combattants Juifs des deux guerres

Publié dans Notre Volonté N° 184 octobre-novembre 1984

à l'occasion du 70° anniversaire de la bataille de la Marne.