Adam Rayski, modeste héros

Né le 14 août 1914 à Bialystok, ville industrielle située aux confins de la Biélorussie, dans une famille de commerçants dont certains ont participé à la révolution de 1905. Adam grandit dans l'atmosphère des débats qui traverse la gauche juive, du Bund au communisme, en passant par les sionismes de gauche du Poalei Sion…Il devint rapidement responsable de la "gauche scolaire" puis secrétaire du Komsomol de la ville. Engagements qui lui valent son exclusion du lycée pour activités subversives et de devoir immigrer en France fin 1932 afin de poursuivre des études universitaires. Parallèlement aux cours de journalisme à la Sorbonne et à l'École libre des sciences politiques, Rayski intègre les organisations des jeunesses juives communistes de la M.O.I.(Main-d'œuvre Immigrée)…En janvier 1934 sa "section juive" lance un quotidien en langue Yiddish, Naîe Presse
(Presse Nouvelle) Rayski y est engagé comme journaliste…Rayski qui a vu venir la guerre derrière la montée de l'antisémitisme, accompagne l'entrée dans la clandestinité d'Unzer Wort(Notre Parole) En 1940 il s'engage dans un régiment de l'armée polonaise (alliée de la France) basé à Coêtquidan (Morbihan), il est fait prisonnier au moment de la débâcle, mais il s'évade et rentre à Paris le 14 juillet. Sans illusion sur le régime vichyste, il s'attache à constituer dans la clandestinité des réseaux de solidarité et de soutient aux familles frappées par le statut antijuifs et autres mesures de persécution. Il organise déjà la résistance passive. On le retrouve en 1941 délégué du Parti en zone sud où de nombreux juifs s'étaient repliés depuis l'exode. Il met en place un réseau d'évasion pour les internés des camps de rétentions et organise le retour de certains immigrés vers leur pays d'origine pour y rejoindre la résistance, organise à Marseille, puis à Lyon des réseaux d'information et d'imprimerie clandestins. Après l'invasion de l'URSS par Hitler, il est rappelé à Paris pour prendre la responsabilité nationale de la section juive alors que s'accentuent les persécutions et les exécutions d'otages…Après les grandes rafles de juillet 1942, auxquelles plusieurs milliers de personnes échappent grâce à l'alerte lancée par la section juive, il contribue à créer le 2ème détachement juif, qui constituera le fer de lance armé des FTP-MOI. Sous la conduite de Missak Manouchian, le réseau, ses combattants et ses martyrs serons décimés sur dénonciation à la fin 1943… Rayski supervise les structures de résistance juive adaptées à la diversité de la population: union des femmes, mouvement des jeunes, groupement de résistance par arrondissement, service d'écoute de radio, diffusion d'informations,groupes de sauvetage d'enfants. Identifié par les services de police, il réussit à passer au travers des mailles du filet. Dès octobre 1943, les organisations juives de la MOI qui sont passées en zone sud connaissent une montée en puissance exceptionnelle et sont reconnues par tous les autres courants de la vie juive comme partie intégrante de la résistance juive. Cette dernière unifie ses forces en créant le Comité général de défense juif qui servira d'embryon à la fondation, dès janvier 1944, du Conseil représentatif des israélites de France (CRIF) incarnant la communauté d'après guerre. En 1945 Rayski participe à la conférence internationale de New York sur la situation du judaïsme européen…Il joue un rôle international établissant des relations constante entre le mouvement communiste français et la gauche israéliènne. Ces pourparlers engage le PCF dans une attitude favorable à la reconnaissance de l'État d'Israêl. En septembre 1949, Rayski repart en Pologne où il occupe un poste de sous secrétaire d'État à la presse…Lors du "printemps polonais" de 1956, il favorise la libéralisation de la presse, mais il se détache de la politique de Gomulka qui parvient à éviter l'intervention de l'armée soviétique au prix de l'alignement politique de l'URSS qu'il réprouve. La rupture est consommée et Rayski revient en France en 1957. En pleine guerre froide , il serra accusé d'espionnage au profit de la Pologne ( une vengeance de Varsovie ?) et condamné en 1962 à sept ans de prison, mais il est libéré en mars 1963 puis amnistié. A sa sortie de prison, Rayski se retire de la vie politique, se consacrant à écrire l'histoire de la Shoah et de la résistance juive, témoignant en toute simplicité auprès des écoliers et des lycéens.
Adam Rayski est décoré de la médaille de la Résistance et de la Croix de Guerre pour ses actes de résistance, il fait partie du Jury national du Concours de la Résistance et de la Déportation, il est Président de l'Union des Résistants et Déportés Juifs de France.


Extrait de l'article du journal l'Humanité du 14 mars 2008,
à l' occasion de la disparition d'Adam Rayski survenue le 11mars 2008

Adam Rayski en mission secrête 

 Marseille, mai 1941.

photo prise, à son insu sur la Canebière par un photographe de rue