La Résistance dans les Stalags

 Pour cet aspect presque inconnu du combat, nous évoquerons brièvement quelques cas typiques.

La première condition, était de conserver un bon morale et de le maintenir chez les autres. Il fallait aussi s'appliquer à avoir un mauvais rendement au travail et de passer ensuite au sabotage de la production…


Témoignage de Michel Grojnowski


Michel Grojnowski, militant syndicaliste très actif, et jouissant d'une grande popularité parmi les travailleurs parisiens de l'habillement, devint secrétaire général de l' Union des Sociétés juives (1938-1939 ). Engagé volontaire, il fut fait prisonnier et le 22 juin 1940, envoyé avec trente autres soldats français à Reichenbach, en Prusse Orientale … Michel était le seul a parler allemand. Peu à peu, les conversations donnèrent à réfléchir au Allemands. La Kommandantur, mis au courant, interdit toutes discutions avec les Français.
Ce fut notre première activité de Résistance, sans organisation, et sans discussion préalables. Ayant constaté nos succès, nous fûmes encouragés, et malgré l'interdiction, nous discutâmes souvent politique avec les ouvriers. Michel se procurait les journaux allemand interdit aux prisonniers; Tous les soirs, il donnait des nouvelles aux prisonniers qui discutaient, et les commentaient. Travailler, ou ne pas travailler ? Telle fut la question qui se posa dès le début… Michel réussit à entrer en contact avec deux antihitlériens allemand, un horloger et un pharmacien, qui écoutaient les radios de Londres et de Moscou: les nouvelles étaient communiquées à tous les membres du commando français. Par l'horloger, ils apprenaient les nouvelles du front soviétique recueillies auprès des permissionnaires allemands. La gestapo ayant appris que la population allemande connaissait les informations diffusée par la radio alliée, réussit à remonter la filière jusqu'à Michel Grojnowski. Le groupe fut aussitôt dispersé dans la région, mais il se reforma…Le stalag que nous connaissons le mieux, le stalag III B à Furstenberg sur l'Oder, nous semble le plus caractéristique de la Résistance en général, et de la Résistance juive en particulier. Dès le début, et malgré la convention de Genève, les Juifs furent isolés dans le "Judenbarack", avec les prisonniers juifs provenant de la B. III C à Kustrine…Les juifs étaient astreint à faire un travail plus dure que celui de leurs camarades français, à savoir la construction du port de Fuestenberg, où devait s'élever une masse monumentale en pierre destinée à célébrer la victoire définitive de Hitler sur les Alliés, et sa domination pour 1 000 ans… Il faut noter que le travail pour la construction du port et du monument qui devait être érigé à la gloire de Hitler ne fut jamais achevé… Le réseau de Résistance dans le stalag III B prit de l'ampleur à l'intérieur et à l'extérieur, grâce à des liaisons assurées par des commandos travaillant sur les chantiers, et dans les fermes.
Le stalag B I se trouvait à Hohenstein en Prusse-Orientale, près de la ville de Preussich Holland. Dès l'arrivée des prisonniers français en 1940 la réception fut plutôt chaude: coups de crosse et engueulades. Dans la ferme d'état où un certain nombre de Français furent envoyés, le capitaine allemand leur fit un discours s'achevant ainsi: "Les juifs doivent être exterminé, EX-TER-MI-NES." Les prisonniers juifs étaient perplexes. Mais, les officiers et sous-officiers français chargés d'établir les fichiers déclarèrent tous les juifs, " catholiques", ils avaient vu loin… Une vaste organisation de résistance s'organisa au camp. A sa tête se trouvait Coquel (militant syndicaliste C.G.T.) Solfray, homme de confiance des prisonniers français, patriote authentique, Gromb-Kenig (avant la guerre rédacteur en chef de la Presse Nouvelle ) et des dizaines de soldats juifs. Aussi les Juifs "catholiques", sachant parler allemand se rendirent très utiles à l'organisation clandestine… Ajoutons que, dans cette région, les juifs dispersés tels que Grojnowski, Kenig, Gurtfinkel, David Lejzerowicz, etc., se réunirent de temps à autre dans les fermes. Dans ce stalag, comme au front, les juifs restèrent des patriotes et des combattants pour l'indépendance de la France…

Extrait de: Les Juifs dans la Résistance Française 1940-1944
(Avec armes ou sans armes) par David Diamant
Le pavillon Roger Maria Éditeur

A Sœur Hélène et a la ville de Sarrebourg: «MERCI»


Cela commence par une réception donné, pour les prisonniers de guerre, par la population de Sarrebourg et organisée par une religieuse, Sœur Hélène.
Aux premiers jour de l'armistice, une colonne de milliers de prisonniers de guerre,est arrivée après des dizaines de kilomètres de marche dans la ville de Sarrebourg. Pratiquement toute la population était dans les rues, distribuant des vivres, des boissons.
Dans la situation tragique de tout point de vue, cette manifestation de la population de cette ville que les nazis voulaient ré annexer démontrait une volonté de prouver aux occupants que les Sarrebourgeois étaient fidèles à la France, mais ce n'en étaient pas moins une de ces expressions humanitaires et fraternelles dont on a tant besoin dans le malheur.
Après cette marche fatigante, pénible et, de plus l'estomac vide, il furent installés dans une caserne où de jeune Français faisaient leur service militaire... Un matin ils furent informés par les chefs de chambres que les Juifs et les Arabes et tous les étrangers devaient s'installer dans les anciennes écuries des chevaux du régiment de cavalerie.
Quand la population de Sarrebourg apprit que les Allemands créaient un ghetto pour certains prisonniers de guerre, sur l'initiative de Sœur Hélène, les habitants de la ville se sont rendus dans ce premier ghetto que les Allemands venaient de créer en France, pour apporter du ravitaillement.
Pendant quelques semaines, les jeunes filles et les jeunes gens qui venaient deux à trois fois par jour et sous la conduite de Sœur Hélène, veillaient à ce que tout soit distribué sans aucune discrimination. Une cuisine était aménagée et les prisonniers bénéficiaient de repas chauds. Ils étaient certainement mieux nourris que tous les autres prisonniers de guerre qui étaient reconnus par les Allemands comme de vrais Français.
Je trouve important aujourd'hui d'évoquer cet épisode véridique de la Deuxième Guerre mondiale, afin de rappeler qu'il y eut, dès les premiers jours d'occupation, des Français qui on manifesté leur solidarité vis-à-vis des victimes des nazis.
Sœur Hélène paya de sa vie. Elle aurait organisé une filière pour aider les prisonniers de guerre évadés; Les Allemands l'auraient arrêtée, condamnée à mort et exécutée.
Sœur Hélène et toute la ville de Sarrebourg méritent une reconnaissance éternelle de toute la nation mais tout particulièrement des anciens prisonniers de guerre de toute nationalité et de toute croyance pour l'aide humanitaire qu'il leur ont prodiguée.


Extrait d'un article d'Albert Skornik, parut dans Notre Volonté N°2 (192) de Novembre-Décembre 1989, pour le 50 ème Anniversaire de l'Union.

 
Kdtr.M.-stammlager III B Fürstenberg/Oder, den 25.10.44

AVIS

Le prisonnier de guerre français :

 Joseph Cerny

a été condamné à mort par la Haute Cour de Justice le 2 octobre 1944 pour avoir favorisé l'ennemi.

La sentence est basée sur l'accusation suivante:
Quoique le gouvernement allemand se soit montré d'une grande compréhension envers les prisonniers de guerre français, surtout à l'égard de leur logement et leur libre circulation,l'accusé, un vieux marxiste, est aujourd'hui encore, selon la conviction des membres de la Haute Cour de Justice, proche des idées communistes, et il n'a pas peur d'exercer sont activité anti-allemande avec une grande obstination dans le camp de prisonnier de guerre.
Celui qui vise méthodiquement à paralyser dans le combat la force de résistance du peuple allemand et met en danger la victoire finale de l'Allemagne en aidant ses adversaires, ne peut être puni qu'avec la peine la plus sévère prescrite par la loi.


Transcription paru dans Notre Volonté de mars-avril 1952