Benjamin Schlevin



Benjamin Schlevin à la Valbonne (23ème RMVI)


L'antisémitisme français se forge volontiers une image assez curieuse du juif: tantôt usurier crasseux, tantôt richissime banquier, tantôt intellectuel dilettante, celui-ci se présente obligatoirement comme une manière de parasite avide d'argent et incapable de travailler de ses mains; incapable de vivre et de mourir pour un idéal.
A ces sottises dangereuses, Benjamin Schlevin oppose la force tranquille, toute simple, de la réalité. Le milieu où il nous introduit, peu connu des Français, représente cependant une fraction importante du judaïsme. Il s'agit des innombrables travailleurs juifs étrangers qui, fuyant les pogroms d'Europe orientale; si fréquents encore durant l'entre-deux guerres, sont venus chercher dans notre pays un asile, mieux qu'un asile: une chance de vivre en homme. Ce sont des ouvriers, et qui travaillent dur, de leurs mains, ce sont des êtres soulevés parfois par une véritable passion de la fraternité humaine, et prêts à tout sacrifier à leur idéal. Bousculés par la police, tirés à hue et à dia, traités en parias, ils se sont tout de même sentis accueillis, admis, ils ont reconnus plus ou moins confusément la profondeur de la liberté française et ils se son donnés corps et âme à la France...
Benjamin Schlevin est lui même l'un de ces «Juifs de Belleville». Né à Brest-Litowsk en 1913, admis à l' École Normale d' Instituteur de Wilno, il ne peut cependant supporter l'ambiance antisémite qui empoisonnait la Pologne de cette époque, il s'enfuit et vient s'installer en France, au pays des Droits de l'Homme, de la liberté, de la dignité. Et c'est comme ouvrier imprimeur qu'il gagne sa vie. Oui, cet universitaire, cet écrivain déjà riche d'une œuvre abondante, travaille comme ouvrier...
En 1939, Shlevin s'engage dans l'armée française et fit campagne dans l'infanterie, au 23° Régiment de Marche des Volontaires Étrangers, après quoi, ce fut la captivité, jusqu'en mai 1945, dans un camp de Bavière. Ici encore, on le voit, l' écrivain témoigne, et de sa personne même. Nul hiatus entre lui et les étrangers qu'il nous peint, nul hiatus non plus entre lui et la masse de la population française; Une pleine communauté de destin, à valeur exemplaire...
Belleville...Pour nous, ce nom appelle l' image même du Paris populaire et ouvrier, avec son accent faubourien, sa gouaille bien française...




Extrait de la préface de l'ouvrage «Les Juifs de Belleville» de
Benjamin Chlevin par Roger Ikor (Prix Goncourt 1955)