La persécution des volontaires étrangers


Les étrangers qui ont pris du service en temps de guerre dans les armées allemandes ont été honorés en Allemagne et l'objet de la reconnaissance publique, comme c'est le fait chez toutes les nations.
Ceux qui prirent du service dans les armées françaises, Vichy les envoya au bagne.
Aucun régime, aucun gouvernement n'a poussé si loin l'ignominie, aucun n'a rompu si vilainement avec les plus pures de nos traditions d'honnêteté et de «courtoisie», qui toujours s'exprimaient par quelque témoignage d'une touchante gratitude envers les hommes qui, sans y être forcés, mais poussé par une obligation de conscience, venaient offrir leur vie à la France en danger...En remettant dans la cour d' Honneur des Invalides leurs drapeaux aux anciens combattants volontaires étrangers de 1914-1918, le ministre de la guerre André Maginot s'écriait :
«Plus de 45.000 étrangers qui ne sont plus pour nous des étrangers, que nous considérons comme des frères sont venus servirent dans nos rangs. Jamais dans aucune guerre, dans aucun pays, un pareil chiffre n'avait été atteint»
«Ils se battaient d'arbre en arbre»
Il fut dépassé au cour de la guerre 1939-45.Dans la métropole, ils formèrent les 21è, 22é, 23é Régiment de Marche de Volontaires Étrangers, 1é, 2é, 3é, Bataillons de Pionniers de Volontaires Étrangers, les 11é, 12é, 13é, Régiment Étrangers d'Infanterie de la Légion Étrangère avec leurs dépôts...D'autres furent envoyés dans les unités coloniales de la Légions Étrangère à Sidi-bel-Abbes les répartit à son tour dans ses 3é et 4é, Regiments d'Infanterie. A Narwick, ils furent cette 13ème Demi-Brigade qui perdit 80% de ses effectifs. En Belgique, ils écrivirent une page de sang. Soissons et Château-Thierry en virent trois mille qui étaient isolés se battre jusqu'à la mort pour retarder l'avance des tanks allemands. Un de ces régiments revint avec quatre-vingts légionnaires...
Alors que le déshonorant article XIX, accepté par Pétain «dans l'honneur et la dignité» exigeait la livraison des ressortissants politique allemands, l'ennemie n'avait rien exigé concernant les volontaires étrangers et c'est le général Weygant qui fait demander par la délégation française à Rethondes, l'insertion dans la Convention d'armistice d'un article 16 bis ainsi conçu:
La situation des militaires étrangers ayant servi dans l'armée française ou à ses côté et celle des ressortissants des pays étrangers ayant cherché un asile en France fera l'objet d'un accord ultérieur, fondé sur les principes d'honneur et d'humanité.
Il ne restait plus qu'à démobiliser. Ils le furent, mais au lieu de les renvoyer dans leur foyers, comme on fit en France des malheureux reste de l'armée française dont ils avaient si largement partagé les épreuves l'ordre vint de Vichy de les désarmer et de les maintenir, non pas sous les drapeaux mais sous l'uniforme. On les dessaisit de leur pièces d'identité et l'ont porta sur leur livret militaire «Démobilisé et affecté au groupement des travailleurs étrangers, en exécution des prescription de la note N°...du 22-9-1940 du général de division...» «Certificat de bonne conduite accordé le 22-9-1940. Rayé des contrôles du N°...R.E.I le 22-9-1940 et incorporé le dit jour dans les unités de travailleurs».
Travailleurs étrangers
Tout l'odieux arbitraire de Vichy apparaît dans ces formules «Démobilisé», «rayés des contrôles et incorporés», mais non libérés. Ce n'étaient plus des militaires, c'étaient des «civils» encadrés militairement ; ce n'étaient plus des engages volontaires, c'étaient des travailleurs étrangers. Dix mois d'abnégation et de sacrifices, leur valurent d'être condamnés a quatre ans de travaux forcés. Pour Vichy, ils avaient perdu leur titre de combattant français, ils n'avaient plus que la qualification d'ennemie de l'Allemagne ;leur livret militaire ne portait-il pas qu'ils s'étaient engagés à titre étranger pour la durée de la guerre «contre l'Allemagne»; et cela, aux yeux de Pétain, dénotait un mauvais esprit, antieuropéen, alors que s'amorçait une politique qui tendait vers la collaboration et favorisait la xénophobie...A ceux qui protestaient contre l'indigne traitement réservé aux volontaires qui avaient servi la France, il fut répondu «qu'ils avaient servit l'ancienne France». A d'autre qui demandaient de rejoindre leur famille, on objectait «vous vous êtes enrôles pour la France de Blum, d'Herriot,de Daladier, votre présence est indésirable en France...Cette position présentait quelques avantages; il devenait possible de livrer aux occupants les ressortissants allemands d'abord, et, ensuite les autres, qualifiés de travailleurs volontaires qui, «rendu à la vie civile» ne pouvaient plus invoquer la protection de la convention de Genève et de la Croix Rouge...
Circulaire N°13, en date du 28 novembre 1941, du ministre de l'Intérieur, Pierre Pucheu, qui modifie les instruction données depuis le 31-12-1940. Cette circulaire prévoyait bien que les étrangers ayant servi la France seraient libérés à la condition de présenter un contrat de travail, qu'il leur était bien difficile de ce procurer dans les camps, et que ce contrat fût visé par les services de main-d'œuvre, pour qui le candidat était presque toujours et d'avance réputé «en surnombre» dans la corporation intéressé...



Extraits tiré de l'ouvrage de Maurice Vanino
Le Temps de la Honte, De Rethondes à l'Ile d'Yeu
Aux Éditions Les Écrits Restent